Violences, humiliations, isolement forcé. En Argentine, la réalité des femmes transgenres détenues dans les prisons de la province de Buenos Aires dévoile une facette brutale et méconnue du système carcéral. Un rapport publié par la Commission provinciale pour la mémoire (CPM), organe public de défense des droits humains, dresse un constat accablant : plus de 800 plaintes pour traitements cruels ont été recensées en un an. Toutes émanent de femmes trans ou travesties enfermées dans des établissements pénitentiaires argentins.
Une nuit d’horreur à Sierra Chica. L’épisode le plus marquant remonte au 14 avril dernier. Ce matin-là, à 4 heures, un groupe de surveillants pénitentiaires fait irruption dans le pavillon nº9 de la prison de Sierra Chica. Ce secteur est réservé aux détenues LGBTQI+, pour la plupart des femmes trans. Les gardiens les réveillent en hurlant, les insultent, les traînent à moitié nues hors de leur lit. Il pleut ce jour-là. Les détenues sont forcées de courir à travers la cour, couvertes de boue, avant d’être enfermées dans des cellules d’isolement, surnommées les “boîtes aux lettres”. Plus aucune communication possible : leurs téléphones sont confisqués, les visites interdites, les médicaments retenus.
Un isolement arbitraire et systématique. Selon le rapport de la CPM, ces cellules d’isolement sont utilisées de manière abusive, souvent sans justification légale. Certaines femmes y restent trois jours, d’autres plus de quinze. En cause, un système carcéral où les identités de genre non conformes sont perçues comme un danger ou un dérangement. Le rapport évoque aussi des transferts punitifs à répétition : l’une des détenues, Lara, a ainsi été déplacée six fois en cinq mois, parfois sans explication.
Des soins de santé refusés.
L’accès aux traitements hormonaux, aux médicaments vitaux ou même aux soins médicaux de base est souvent nié. Plus de la moitié des plaintes recensées concernent des retards ou des refus de soins, notamment pour des personnes vivant avec le VIH ou atteintes de maladies chroniques. Cette privation, couplée à l’isolement et à l’humiliation, a des conséquences graves : entre 2017 et 2023, 48 femmes trans sont mortes en détention dans la province, la majorité à la suite de complications médicales ou de suicides.
Des recours en justice, trop peu efficaces. Face à l’ampleur des violations, la Commission pour la mémoire a saisi la justice à plusieurs reprises. Elle a obtenu des décisions ordonnant l’accès aux soins, le retour des téléphones portables, et la fin des mesures disciplinaires arbitraires. Mais les ordonnances restent souvent inappliquées. Les abus continuent, dans un silence institutionnel qui conforte l’impunité.
Une violence structurelle.
Ce que révèle ce rapport, c’est une violence institutionnelle enracinée dans le système pénitentiaire argentin. Une violence qui cible un groupe déjà marginalisé, et que l’administration pénitentiaire semble entretenir en toute conscience. Pour les femmes trans détenues, la prison est bien plus qu’une privation de liberté : c’est une négation de leur identité, de leur dignité et de leurs droits fondamentaux.
La Rédaction

