Félix Tshisekedi joue gros. Le président de la République démocratique du Congo (RDC) a constitué une task force minière de haut niveau pour suivre les négociations avec les États-Unis sur un accord clé : celui des métaux critiques. En jeu, bien plus que des investissements dans le sous-sol congolais. Washington veut sécuriser son approvisionnement en minerais stratégiques. Kinshasa, de son côté, espère un appui militaire américain pour stabiliser l’Est, ravagé par les groupes armés.
Une cellule présidentielle sous haute surveillance
Depuis février 2025, les tractations entre les deux pays s’intensifient. La présidence congolaise a mis sur pied une cellule de coordination regroupant plusieurs acteurs influents du pouvoir. Cette task force chapeaute les discussions avec l’objectif de défendre les intérêts économiques et sécuritaires de la RDC dans un partenariat potentiellement historique.
Parmi les figures clés, on retrouve :
- Pierre Kanda Kalambayi, président de la commission Défense et Sécurité du Sénat, qui aurait facilité les premiers contacts via un cabinet américain ;
- André Wameso, directeur de cabinet adjoint de Tshisekedi, envoyé spécial à Washington pour explorer les contours de l’accord ;
- Patrick Muyaya, ministre de la Communication, qui plaide pour un rééquilibrage des partenariats miniers, largement dominés par la Chine.
Cette task force réunit également des représentants du ministère des Mines, de la diplomatie et de la Présidence. Objectif : parler d’une seule voix face à la première puissance mondiale.
Métaux critiques contre aide militaire
Le cœur du projet est clair : échanger l’accès aux gigantesques réserves congolaises de cobalt, lithium ou coltan contre une coopération militaire renforcée. Les États-Unis veulent garantir leur souveraineté industrielle dans la transition énergétique. La RDC, elle, voit dans ce pacte une façon de rééquiper ses forces armées et de contenir l’avancée du M23 et d’autres groupes armés dans le Nord-Kivu.
En toile de fond, la montée des tensions géopolitiques et la volonté américaine de s’affranchir de la dépendance vis-à-vis des chaînes d’approvisionnement chinoises. L’Afrique centrale, en particulier la RDC, devient alors un pivot stratégique dans la guerre des métaux rares.
Un partenariat aux implications régionales
Au-delà des ressources minières, Washington propose un appui logistique, technique et diplomatique. Les premières pistes évoquent un soutien à la formation des forces congolaises, la fourniture d’équipements militaires non létaux et une aide au développement d’infrastructures stratégiques comme le port en eaux profondes de Banana.
Pour Kinshasa, il s’agit d’un levier diplomatique puissant pour relancer sa politique régionale et affirmer sa souveraineté face aux empiètements des puissances voisines et des intérêts privés. Mais le pari est risqué. Il pourrait raviver les tensions avec Pékin, partenaire économique dominant de la RDC, et susciter des résistances internes sur la question de la transparence des contrats.
Vers un basculement géopolitique ?
Cet accord, encore en discussion, marque un tournant potentiel dans l’orientation stratégique de la RDC. Si la cellule mise en place par Tshisekedi parvient à conclure un accord équilibré, le pays pourrait sortir renforcé de cette nouvelle alliance. Mais à quel prix ?
La transparence dans la gestion de ces ressources, la souveraineté du pays et l’efficacité de l’aide militaire seront des critères décisifs. La course aux métaux critiques, désormais, se joue aussi à Kinshasa.
La Rédaction

