Un tournant judiciaire sans précédent frappe le Soudan en pleine guerre civile. Un tribunal du pays vient d’inculper Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti, chef des redoutées Forces de soutien rapide (FSR), ainsi que deux de ses frères, pour génocide, crimes contre l’humanité, crimes de guerre et pillage. Cette décision historique intervient alors que les violences au Darfour ont atteint des sommets d’horreur en 2023.
Une attaque méthodique sur El Geneina
L’inculpation s’appuie sur les événements tragiques survenus en avril 2023, à El Geneina, capitale du Darfour-Ouest. Selon le tribunal, les FSR ont mené une offensive planifiée contre cette ville, majoritairement habitée par la communauté Masalit, tuant des milliers de civils et poussant des centaines de milliers de personnes à fuir vers le Tchad.
Parmi les victimes figure Khamis Abdallah Abkar, gouverneur du Darfour-Ouest, enlevé puis exécuté de manière barbare. Son corps a été exhibé dans des vidéos largement relayées. C’est cet assassinat, au cœur d’une stratégie d’épuration ethnique, qui fonde en grande partie les charges de génocide.
Des preuves accablantes
Le tribunal s’est appuyé sur 14 témoignages oculaires, 7 vidéos vérifiées et plusieurs rapports d’ONG et de diplomates étrangers. Les inculpés — Hemedti, son frère Abdel Rahim Dagalo(commandant adjoint des FSR) et Al-Quni Dagalo (responsable financier) — sont poursuivis pour avoir organisé, dirigé et financé l’opération sanglante sur El Geneina.
Bien que les accusés soient jugés in absentia, la procédure a valeur de symbole. Elle confirme la volonté croissante d’une partie de la justice soudanaise de rompre avec l’impunité.
Un contexte de guerre totale
Depuis avril 2023, le Soudan est plongé dans un conflit brutal entre l’armée régulière (FAS) et les Forces de soutien rapide. Ce conflit a ravivé les tensions ethniques, notamment au Darfour, région déjà meurtrie par les massacres des années 2000.
Les FSR, bras armé d’Hemedti, sont accusées de pratiquer une stratégie de la terre brûlée : exécutions sommaires, viols collectifs, destructions de villages, meurtres ciblés de chefs communautaires non arabes. Le département d’État américain a qualifié ces actes de génocide en janvier 2025.
Un message aux criminels en uniforme
Même si Hemedti continue de diriger les FSR depuis une position de force militaire, cette inculpation judiciaire marque une brèche. Elle ouvre la voie à une future coopération avec la Cour pénale internationale, déjà active sur les crimes de guerre au Darfour.
Les familles des victimes saluent cette décision comme un « acte de justice longtemps attendu ». Pour les analystes, il s’agit aussi d’un signal envoyé à l’ensemble des chefs militaires encore actifs dans le conflit : l’ère de l’impunité pourrait toucher à sa fin.
L’inculpation d’Hemedti et de ses frères pour génocide et crimes contre l’humanité constitue un tournant majeur dans l’histoire judiciaire du Soudan. Dans un pays ravagé par une guerre civile aux relents ethniques, cette démarche courageuse jette une lumière crue sur les responsabilités individuelles au sein de l’appareil militaire. Elle pourrait, à terme, rebattre les cartes d’un conflit où la justice semble enfin reprendre la parole.
La Rédaction

