À partir du 11 juin 2026, la Barbican Art Gallery de Londres accueille l’exposition Project a Black Planet: The Art and Culture of Panafrica. Plus de 300 œuvres, archives et créations contemporaines y retracent un siècle de circulations intellectuelles, artistiques et politiques autour d’une idée majeure : celle d’un monde noir pensé au-delà des frontières, des empires et des continents.
Le panafricanisme est souvent évoqué comme un mouvement politique. Plus rarement comme une force esthétique. C’est précisément cette dimension que met en lumière la nouvelle exposition présentée à la Barbican Art Gallery, l’une des institutions culturelles les plus influentes du Royaume-Uni.
Plutôt que de raconter une histoire linéaire de l’Afrique, Project a Black Planet explore la manière dont artistes, écrivains, militants et intellectuels ont imaginé, au fil du XXe siècle et jusqu’à aujourd’hui, des espaces de solidarité reliant l’Afrique à ses diasporas dispersées à travers le monde.
Une cartographie mondiale des imaginaires noirs
L’exposition rassemble plus de 300 œuvres et documents couvrant une période allant des années 1920 à nos jours. Peintures, sculptures, photographies, films, affiches militantes, publications historiques et installations contemporaines dialoguent dans un parcours conçu comme une traversée de l’histoire culturelle du panafricanisme.
L’ambition dépasse largement le cadre muséal traditionnel. Les commissaires proposent une lecture transnationale où les grandes métropoles africaines croisent les expériences des Caraïbes, du Brésil, des États-Unis et de l’Europe. Le visiteur découvre ainsi comment les mouvements artistiques noirs ont nourri des réflexions communes sur la liberté, l’identité, l’émancipation et la décolonisation.
Cette approche permet de comprendre le panafricanisme non comme une simple idéologie politique, mais comme un laboratoire d’idées ayant influencé la littérature, la musique, les arts visuels et les imaginaires collectifs durant plus d’un siècle.

Des figures majeures de l’art contemporain
Parmi les artistes présentés figurent plusieurs références incontournables de la scène internationale contemporaine. Les œuvres de Simone Leigh, Chris Ofili, Marlene Dumas, Dread Scott ou encore Lynette Yiadom-Boakye côtoient des archives historiques rarement montrées au grand public.
Le dialogue entre générations constitue l’un des fils conducteurs de l’exposition. Les œuvres contemporaines répondent aux manifestes, aux revues et aux productions culturelles qui ont accompagné les grandes luttes anticoloniales du XXe siècle, révélant la permanence de certaines interrogations sur la représentation, l’appartenance et la mémoire.
Le panafricanisme comme espace de réparation
L’un des intérêts majeurs de Project a Black Planet réside dans son actualité. Alors que les débats sur les héritages coloniaux, les restitutions patrimoniales et les identités diasporiques occupent une place croissante dans les institutions culturelles occidentales, l’exposition propose un regard historique capable d’éclairer ces discussions contemporaines.
Le projet montre comment les artistes ont souvent été parmi les premiers à imaginer des formes de réparation symbolique, bien avant que ces questions n’entrent dans les arènes politiques ou diplomatiques. Les œuvres exposées apparaissent ainsi comme autant de tentatives pour reconstruire des récits fragmentés par l’esclavage, la colonisation et les déplacements forcés de populations.
Londres, capitale provisoire du dialogue panafricain
Organisée en collaboration avec l’Art Institute of Chicago et le MACBA, l’exposition transforme Londres en plateforme internationale de réflexion sur les héritages culturels noirs.
Plus qu’une rétrospective artistique, Project a Black Planet apparaît comme une vaste enquête visuelle sur la manière dont les communautés africaines et afrodescendantes ont imaginé leur place dans le monde moderne. Une invitation à considérer le panafricanisme non comme une mémoire figée, mais comme une conversation toujours en mouvement.
La Rédaction

