L’histoire de l’abolition de la traite transatlantique des esclaves a souvent été écrite sous un prisme eurocentré, oubliant les contributions des Africains eux-mêmes. Lourenço da Silva Mendonça, prince noir du royaume de Pedras de Pungo-Andongo, incarne pourtant une lutte visionnaire menée dès le XVIIe siècle contre cet asservissement de masse.
Un prince témoin de la brutalité de la traite
Né en 1649 dans l’actuel Angola, Lourenço Mendonça appartenait à une lignée royale directement touchée par la mainmise portugaise. Son grand-père, Hari Ier, placé sur le trône par les colonisateurs, dut livrer des milliers d’esclaves en guise de tribut. Les révoltes contre cet ordre imposé furent réprimées avec une violence extrême : son père et d’autres membres de sa famille furent tués, et le royaume finit par tomber sous contrôle portugais en 1671.
Contraint à l’exil au Brésil, Mendonça s’immergea dans le système colonial portugais tout en poursuivant des études au couvent de Vilar de Frades, au Portugal. Son éducation, enracinée dans la tradition catholique, lui permit d’accéder à une compréhension fine des lois et des structures de pouvoir européennes.
Un plaidoyer international pour l’abolition
Fort de son double héritage africain et catholique, Mendonça lança une offensive juridique sans précédent contre l’esclavage. En 1684, il présenta au pape Innocent XI une pétition dénonçant la traite négrière transatlantique. Cette démarche audacieuse s’inscrivait dans une vision universelle des droits humains : il exigea la liberté non seulement pour les Africains, mais aussi pour les Juifs convertis (nouveaux chrétiens) et les Amérindiens.
Dans son plaidoyer, il dénonça l’hypocrisie des bulles papales antérieures qui avaient légitimé la traite, s’appuyant sur les lois humaines, divines, naturelles et civiles. Son argumentation s’appuyait également sur un vaste réseau de confréries noires, mobilisant des communautés africaines en Espagne, au Portugal, au Brésil et même sur le continent africain.
Une condamnation historique
En 1686, le tribunal du Vatican, après avoir examiné la requête de Mendonça, prononça une condamnation universelle de la traite négrière. Ce jugement, bien qu’historique, resta lettre morte : les puissances européennes ignorèrent la décision et continuèrent l’exploitation humaine pendant deux siècles.
Une figure oubliée de l’histoire
Lourenço da Silva Mendonça, prince noir du royaume de Pungo-Andongo, fut bien plus qu’un témoin de son époque. Par sa capacité à naviguer entre les cultures et à mobiliser des outils juridiques européens pour défendre la dignité africaine, il incarne une figure centrale des premiers mouvements abolitionnistes.
Ce militantisme africain, longtemps négligé par les récits historiques, révèle une vérité fondamentale : la lutte pour la liberté des opprimés n’a pas attendu les Européens pour émerger. Lourenço Mendonça, par son combat, a tracé la voie d’une résistance universelle contre l’injustice, mettant en lumière la force des alliances entre peuples opprimés.
Son héritage, bien que méconnu, mérite d’être célébré comme un témoignage de la résilience africaine face à l’une des périodes les plus sombres de l’histoire mondiale.
La Rédaction

