Le président ougandais Yoweri Museveni justifie la position de son gouvernement sur la limitation de la liberté sous caution pour certains opposants poursuivis en justice. Il défend également un encadrement plus strict des médias, au nom de la stabilité nationale, alors que les organisations de défense des droits humains dénoncent des restrictions croissantes de l’espace politique.
Le pouvoir invoque la protection des témoins et de la justice
Le président ougandais Yoweri Museveni a réaffirmé la position de son gouvernement concernant l’octroi de la liberté sous caution à certains responsables de l’opposition poursuivis pour des infractions pénales. Selon lui, une libération avant procès pourrait fragiliser les procédures judiciaires en exposant les témoins à des pressions ou à des intimidations.
Dans une allocution nationale prononcée samedi soir, le chef de l’État a expliqué que la prudence des autorités sur cette question répondrait avant tout à un impératif de protection du système judiciaire.
Pour Museveni, laisser en liberté des personnes susceptibles d’influencer des témoins ou d’entraver les enquêtes risquerait d’affaiblir les poursuites engagées par la justice. Il estime également qu’une perte de confiance des citoyens dans les procédures judiciaires pourrait pousser les forces de sécurité à adopter des méthodes extrajudiciaires, au lieu de laisser les tribunaux jouer leur rôle.
Le souvenir des tensions électorales de 2020
Le président ougandais est également revenu sur les troubles qui avaient suivi l’arrestation, en novembre 2020, de Robert Kyagulanyi Ssentamu, plus connu sous le nom de Bobi Wine, principal opposant lors de l’élection présidentielle de janvier 2021.
Museveni a affirmé que les forces de sécurité avaient alors empêché des tentatives visant à déstabiliser Kampala après le scrutin. Il a notamment évoqué le slogan de l’opposition « Tajja Kulayira », signifiant « il ne prêtera pas serment », qu’il présente comme la preuve d’une volonté de bloquer l’arrivée au pouvoir du président élu par des moyens non institutionnels.
Le chef de l’État a par ailleurs dénoncé les violences ou pressions visant les militants du Mouvement de résistance nationale (NRM), son parti politique, en particulier les femmes. Il a insisté sur le droit de chaque citoyen ougandais à soutenir librement la formation politique ou le candidat de son choix.
Une controverse persistante autour des droits humains
Face aux critiques internationales concernant la situation des droits humains en Ouganda, Museveni a rejeté les accusations selon lesquelles le pays aurait renoué avec les pratiques des anciennes périodes marquées par les disparitions forcées et les exécutions extrajudiciaires.
Répondant au slogan de l’opposition « Bizemu », qui signifie « c’est revenu », il a affirmé que la situation actuelle était différente des régimes précédents. Selon lui, les personnes arrêtées sont désormais conduites devant les tribunaux et bénéficient d’une procédure judiciaire, contrairement aux pratiques du passé.
Cette lecture est toutefois contestée par plusieurs organisations de défense des droits humains et responsables de l’opposition, qui dénoncent régulièrement des arrestations politiques, des détentions prolongées avant jugement et des restrictions visant les voix critiques du pouvoir.
La bataille autour de la régulation des médias
Yoweri Museveni a également défendu un renforcement de la régulation des médias, une position qui alimente un débat national sur l’équilibre entre liberté d’expression et contrôle de l’information.
Le président s’est appuyé sur les déclarations du chef des forces de défense ougandaises, le général Muhoozi Kainerugaba, qui avait comparé l’environnement médiatique de l’Ouganda à celui des Émirats arabes unis.
Museveni a interrogé le fait que de nombreux Ougandais admirent l’ordre, la discipline et le développement économique de Dubaï tout en rejetant l’idée d’un encadrement plus strict des médias dans leur propre pays.
Pour ses partisans, une réglementation renforcée permettrait de lutter contre la désinformation et de préserver la stabilité nationale. Pour ses détracteurs, elle pourrait devenir un outil supplémentaire de limitation de la liberté de la presse et du pluralisme politique.
La liberté sous caution au cœur du débat constitutionnel
La question de la liberté sous caution reste l’un des principaux sujets de tension entre le gouvernement et l’opposition à l’approche des prochaines élections générales.
L’article 23 de la Constitution ougandaise garantit à toute personne accusée le droit de demander une mise en liberté sous caution. Toutefois, la décision finale revient aux tribunaux, qui doivent examiner les circonstances prévues par la loi.
Les dirigeants de l’opposition et plusieurs défenseurs des droits humains estiment que les longues détentions avant procès constituent une atteinte aux droits fondamentaux des accusés. Le gouvernement, de son côté, affirme que les juges doivent également prendre en compte la sécurité publique, la gravité des accusations et le risque d’intimidation des témoins.
À l’approche des élections, une fracture politique persistante
Les déclarations de Museveni illustrent la ligne défendue depuis plusieurs années par son administration : la liberté sous caution ne devrait pas être automatique lorsque les autorités estiment qu’un accusé représente une menace pour la sécurité ou le déroulement des procédures judiciaires.
Alors que l’Ouganda se rapproche d’une nouvelle échéance électorale, le débat sur les libertés publiques, le rôle des médias et la place de l’opposition devrait rester au centre de la vie politique nationale.
La Rédaction

