À un mois du choix de son futur président, la Banque africaine de développement (BAD) affine ses priorités et prépare ses assemblées annuelles à Abidjan. Dix ans après l’arrivée d’Akinwumi Adesina à sa tête, l’institution entre dans une nouvelle phase, marquée par un double enjeu : dresser le bilan d’une décennie d’action et mobiliser massivement des capitaux pour l’avenir du continent.
Une décennie de transformation… et de tensions
Depuis 2015, la BAD a connu une expansion spectaculaire. Le Nigérian Akinwumi Adesina a doublé les ambitions, triplé le capital – passé de 93 à 318 milliards de dollars – et structuré l’action de la Banque autour des « High 5 » : éclairer, nourrir, industrialiser, intégrer et améliorer la vie en Afrique.
Des progrès ont été réalisés, notamment dans l’accès à l’électricité et le financement de projets d’agriculture durable ou d’infrastructures de transport. Mais l’institution reste sous le regard critique de certains partenaires et observateurs. Les données complètes des financements décaissés sur la décennie ne sont pas encore disponibles, et plusieurs projets tardent à produire des résultats tangibles sur le terrain.
Le virage énergétique et le pari vert
L’un des chantiers majeurs portés par Adesina reste l’énergie. « L’avenir de l’Afrique est dans les énergies renouvelables », martèle-t-il. En 2024, la BAD a lancé Mission 300, un programme conjoint avec la Banque mondiale pour électrifier 300 millions des 600 millions d’Africains encore privés de courant. L’accent est mis sur les sources vertes, tout en intégrant le gaz comme solution de transition pour les usages domestiques et industriels.
Ce virage énergétique est présenté comme un levier non seulement de développement, mais aussi de souveraineté et de sécurité pour les États africains. L’ambition est claire : faire de l’électrification un pilier de la transformation continentale.
Assemblées annuelles : 6 000 participants pour un rendez-vous stratégique
À Abidjan, la BAD se prépare à accueillir plus de 6 000 participants pour ses assemblées annuelles. L’objectif : trouver les moyens d’intensifier la mobilisation du capital, aussi bien en interne – via les contributions africaines – qu’auprès de ses partenaires internationaux, parmi lesquels figurent la France, l’Allemagne, les États-Unis, la Chine ou encore les Émirats arabes unis.
Dans un monde secoué par la rivalité sino-américaine, les tensions géopolitiques et les incertitudes économiques, la Banque entend tracer sa propre voie. « Nous avons peut-être l’opportunité de définir un modèle africain de développement », souligne Vincent Nmehielle, secrétaire général de l’institution. Le continent, riche en ressources humaines et naturelles, pourrait devenir un pôle d’innovation et de croissance durable, à condition de s’outiller financièrement.
Une élection sous haute surveillance
Le mandat d’Adesina s’achève, et cinq candidats africains briguent sa succession. Chacun représente une région du continent : Sidi Ould Tah (Mauritanie, Afrique du Nord), Amadou Hott (Sénégal, Afrique de l’Ouest), Samuel Maimbo (Zambie, Afrique australe), Swazi Tshabalala (Afrique du Sud, également Afrique australe), et Abbas Mahamat Tolli (Tchad, Afrique centrale). Leur campagne se poursuit, notamment à Washington lors des réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale, pour convaincre les membres non africains de la BAD.
Ces élections seront déterminantes pour l’avenir de l’institution. Le prochain président devra naviguer entre ambitions africaines, attentes internationales, et contraintes budgétaires mondiales, tout en maintenant le cap sur les priorités climatiques, sociales et économiques du continent.
La Rédaction

