Le Nigeria a connu en 2024 sa plus forte croissance économique depuis dix ans, selon la Banque mondiale. Pourtant, cette embellie macroéconomique ne se traduit pas encore dans le quotidien des Nigérians.
L’année 2024 restera marquante pour l’économie nigériane. Avec une croissance de 3,4 % sur l’ensemble de l’année, portée par un bond du produit intérieur brut (PIB) de 4,6 % au dernier trimestre, le pays a enregistré sa meilleure performance économique depuis 2014, hors rebond post-pandémie.
Les moteurs du redressement : pétrole, numérique et finance
Selon la Banque mondiale, cette accélération résulte principalement de la reprise du secteur pétrolier et gazier, longtemps pénalisé par les vols de brut et les faiblesses structurelles. Les secteurs des technologies de l’information et de la communication, ainsi que celui des services financiers, ont aussi connu une croissance soutenue.
En revanche, l’agriculture, pilier pour des millions de Nigérians, stagne avec seulement 1,2 % de croissance. L’insécurité dans les zones agricoles du centre et les coûts élevés des intrants freinent les rendements, accentuant la précarité des ménages ruraux.
Des réformes profondes mais douloureuses
L’arrivée au pouvoir du président Bola Tinubu en mai 2023 a marqué un tournant. En quelques mois, son gouvernement a engagé des réformes économiques jugées audacieuses : suppression des subventions sur l’essence, libéralisation du naira et assainissement budgétaire.
Si ces mesures séduisent les institutions financières internationales, elles ont aussi provoqué une flambée des prix. Résultat : une inflation qui reste « élevée et persistante » selon la Banque mondiale, bien que prévue en baisse à 22,1 % en 2025.
« Le Nigeria a fait des progrès impressionnants pour restaurer la stabilité macroéconomique », a déclaré Taimur Samad, directeur national par intérim de la Banque mondiale, tout en soulignant l’urgence de mesures sociales d’accompagnement.
Croissance sans redistribution
La croissance nigériane reste pour l’instant largement déconnectée du vécu de la majorité. En 2024, près de la moitié des Nigérians vivaient sous le seuil de pauvreté. Le décalage entre la reprise économique et la situation réelle de la population inquiète les analystes.
Les revenus ne suivent pas l’inflation, surtout dans les villes. Le Fonds monétaire international estime que les bénéfices des réformes ne touchent pas encore la classe moyenne ni les plus vulnérables, aggravant les inégalités.
Vers une croissance inclusive ?
La Banque mondiale anticipe une légère hausse du PIB à 3,7 % en 2025. Mais sans redistribution équitable et politiques sociales renforcées, cette dynamique risque de creuser les fractures.
Le Nigeria est à la croisée des chemins : entre une croissance encourageante sur le papier, et une réalité sociale qui appelle des réponses urgentes. Le défi n’est plus seulement économique. Il est profondément humain.
La Rédaction

