Face à la Cour internationale de justice (CIJ), la Guinée équatoriale accuse la France de néocolonialisme dans l’affaire du 42 avenue Foch. Paris, de son côté, évoque un procès sans fondement et rappelle ses engagements contre la corruption. Mais au-delà de la bataille judiciaire, une question dérange : peut-on dénoncer un pays tout en y investissant des fortunes personnelles ?
Un procès diplomatique sous tension
La CIJ s’est de nouveau penchée sur l’interminable contentieux opposant la Guinée équatoriale à la France, autour de l’imposant hôtel particulier parisien saisi dans le cadre de la condamnation de Teodorin Obiang. Pour Malabo, il ne s’agit plus simplement d’un litige immobilier, mais d’un acte de “néocolonialisme judiciaire”.
« La France agit avec une mentalité paternaliste, néocoloniale », a lancé à la barre l’ambassadeur Carmelo Nvono-Ncá, fustigeant le mépris supposé de Paris pour la souveraineté africaine. Pour la Guinée équatoriale, la saisie du bien et la volonté affichée de le vendre illustrent une ingérence intolérable dans ses affaires internes.
Une accusation de néocolonialisme, vraiment ?
Du côté français, la riposte a été claire. Diego Colas, représentant du ministère des Affaires étrangères, a balayé les accusations en dénonçant un recours “sans mérite juridique”. Il a rappelé que la propriété, loin d’être diplomatique, avait été utilisée comme résidence personnelle. Quant aux allégations de comportement néocolonial, elles ont été qualifiées d’instrumentalisation politique : « La justice française n’a fait qu’appliquer ses lois en matière de lutte contre l’enrichissement illicite. »
Il faut rappeler que l’affaire a déjà été tranchée une première fois en 2020, la CIJ ayant estimé que la désignation du bien comme ambassade était intervenue opportunément, une fois l’enquête entamée.
Entre justice universelle et fierté nationale
Le paradoxe est évident : un État africain fustige une justice étrangère qu’il accuse de néocolonialisme, mais défend bec et ongles la propriété d’un palais de luxe situé en plein cœur de la capitale française, avec salle de cinéma, hammam et dorures à l’or fin. Peut-on sérieusement dénoncer l’héritage colonial tout en faisant de Paris le sanctuaire de ses avoirs personnels ?
Ce procès devant la CIJ illustre un malaise plus profond dans la relation Afrique–Europe : l’irritation légitime face à certaines postures occidentales côtoie une forme de dépendance assumée, voire entretenue. Acheter en France, placer ses enfants dans les écoles suisses, se faire soigner à Genève, mais crier à l’ingérence quand la justice se saisit de biens mal acquis ?
Une guerre symbolique plus que juridique
Dans un contexte international lourd — du conflit en Ukraine à l’affaire Israël/Gaza —, la requête équato-guinéenne pourrait sembler secondaire. Mais elle en dit long sur l’évolution des relations diplomatiques africaines. La CIJ tranchera bientôt sur les mesures provisoires demandées. Une chose est sûre : le débat ne porte plus uniquement sur un bien immobilier, mais sur une revendication symbolique d’égalité et de respect.
Une lutte pour la souveraineté ou une défense d’intérêts privés ?
Le procès pose une question essentielle : les États africains peuvent-ils dénoncer le néocolonialisme tout en entretenant une relation de fascination financière avec leurs anciennes métropoles ? L’accusation est grave, mais ne dissimule-t-elle pas une autre réalité : celle d’un pouvoir politique peu disposé à rendre des comptes sur l’origine des fortunes personnelles ? En somme, le vrai procès n’est-il pas celui de l’incohérence ?
La Rédaction

