À moins de deux mois de son retour potentiel à la Maison Blanche, Donald Trump a promis une « plus grande opération d’expulsion » des migrants en situation irrégulière aux États-Unis. Alors que près de 12 millions de personnes vivent sans papiers dans le pays, la mise en œuvre de cette promesse semble semée d’embûches, notamment en raison des moyens nécessaires pour identifier et expulser une telle population.
À New York, au cœur de Manhattan, Moussa Ndiaye, un migrant sénégalais de 41 ans, fait face à cette incertitude. Hébergé avec sa famille dans un centre d’accueil pour demandeurs d’asile transformé dans l’ancien Roosevelt Hotel, il exprime son sentiment de crainte vis-à-vis des expéditions de masse promises par Trump : « On n’a pas peur. On laisse tout dans les mains du bon Dieu ». Cependant, au-delà de la situation personnelle de Moussa et de ses proches, ce climat de peur fait écho à une époque où les États-Unis ont mis en place des politiques d’expulsion sévères, notamment sous la présidence de Herbert Hoover.
En effet, les mesures radicales de Trump sur l’immigration trouvent une étrange résonance avec la politique d’expulsion qui marqua les années de la Grande Dépression. En 1930, sous Hoover, des dizaines de milliers de Mexicains, souvent des travailleurs migratoires, furent expulsés des États-Unis dans un contexte de crise économique et de recherche de boucs émissaires. Les autorités de l’époque, confrontées à des taux de chômage élevés, ont associé la présence des immigrés à une menace pour les emplois des Américains et une pression sur les ressources publiques. Le parallèle avec l’ère Trump est frappant : les migrants sans papiers, souvent perçus comme des « fardeaux » économiques, sont au centre d’un discours visant à les expulser massivement pour restaurer l’ordre économique et social.
Cependant, tout comme sous Hoover, cette politique d’expulsion risque de se heurter à des obstacles pratiques. L’ampleur de la tâche, la mobilisation des ressources nécessaires pour identifier et renvoyer 12 millions de personnes, semble irréaliste. La répression massive, bien qu’attisée par la rhétorique populiste, semble être une entreprise complexe, qui pourrait manquer de la logistique et des moyens humains nécessaires pour être pleinement efficace.
Les similitudes ne s’arrêtent pas là. Les deux périodes partagent aussi une dimension idéologique : celle d’un « retour à l’ordre » face à une population migrante souvent perçue comme une menace, bien que, dans les deux cas, cette menace soit davantage perçue à travers des prismes économiques et politiques que réels. La peur de l’immigration et l’idée que les migrants « prennent » les emplois ou les ressources, un sentiment amplifié en période de crise, semble avoir traversé l’histoire.
Aujourd’hui, alors que la promesse de Trump fait écho à cette histoire de répression de l’immigration, il est essentiel de se rappeler que les politiques d’expulsion ne sont pas seulement une réponse à des enjeux économiques, mais aussi une manière de renforcer l’identité nationale au détriment des minorités vulnérables. Le défi de l’administration Trump sera de naviguer entre ses promesses et la réalité de la gestion de l’immigration, dans un pays dont les racines sont pourtant profondément ancrées dans l’immigration.
La Rédaction

