Six jours après la mort en détention d’Alino Faso, le flou persiste. À Ouagadougou comme à Abidjan, les interrogations se multiplient autour de la responsabilité des autorités et des circonstances du décès.
Un influenceur controversé, figure du patriotisme burkinabè
Alino Faso, de son vrai nom Alain Christophe Traoré, était l’un des visages les plus connus de la mouvance numérique burkinabè pro‑junte. Installé en Côte d’Ivoire depuis plusieurs années, il s’était fait un nom en relayant, sans relâche, les messages de soutien à l’armée burkinabè, aux Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) et au capitaine Ibrahim Traoré.
Suivi par des centaines de milliers d’internautes, il était considéré comme proche des « Bataillons d’Intervention Rapide – Communication » (BIR‑C), cette armée invisible de cyberactivistes accusée d’intimider les voix dissidentes et de diffuser des contenus de propagande.
Interpellation musclée et détention prolongée
Le 10 janvier 2025, il est arrêté à Abidjan, officiellement pour « diffusion de fausses nouvelles », « tentative d’atteinte à la sûreté de l’État » et « propagande étrangère ». Placé en détention dans un camp de gendarmerie, il y passe plus de six mois sans procès, ni mise au secret officielle.
Sa détention provoque déjà à l’époque des tensions entre Abidjan et Ouagadougou. Côté burkinabè, on parle de harcèlement ciblé contre un « patriote exilé ». Côté ivoirien, on reste vague, arguant d’« enquêtes en cours » sans livrer d’éléments concrets.
Un décès suspect dans une cellule militaire
Le 24 juillet à l’aube, le corps sans vie d’Alino Faso est retrouvé dans sa cellule. Selon le procureur d’Abidjan, il se serait suicidé par pendaison à l’aide de son drap, après avoir tenté de se taillader les poignets.
Mais les images du corps, fuitées sur les réseaux sociaux, les témoignages indirects et le silence prolongé des autorités ivoiriennes ont renforcé la défiance. À Ouagadougou, les partisans de la junte parlent d’« assassinat politique ». Certains observateurs internationaux évoquent un « suicide forcé » ou une disparition embarrassante pour les autorités locales.
Une communication tardive, un silence gênant
C’est seulement trois jours après les faits, le 27 juillet, que la Côte d’Ivoire publie un communiqué officiel sur le décès. Aucun représentant burkinabè n’a été prévenu. Aucun rapport médico-légal n’a été rendu public. Et aucune enquête indépendante n’a été annoncée.
À Ouagadougou, des marches spontanées ont eu lieu devant l’ambassade de Côte d’Ivoire. Le gouvernement burkinabè, jusqu’ici silencieux, pourrait être contraint de réagir face à l’émotion populaire et à l’image grandissante d’Alino Faso devenu, à titre posthume, une figure du martyre nationaliste.
Vers une crise diplomatique entre Ouagadougou et Abidjan ?
Alors que les relations entre les deux capitales sont déjà fragiles — nourries de suspicions d’ingérence mutuelle, d’accusations voilées sur la gestion du terrorisme ou de soutien aux oppositions respectives — l’affaire Alino Faso pourrait ouvrir un nouveau front diplomatique.
À six mois de la présidentielle ivoirienne et dans un climat régional marqué par le repli souverainiste, le traitement réservé à cet influenceur pourrait bien devenir un révélateur du malaise entre deux pays historiquement proches mais aujourd’hui distants.
La Rédaction

