Le mois de juillet s’ouvre sur une série d’attaques terroristes simultanées visant l’armée malienne, marquant un nouvel épisode de la crise sécuritaire qui secoue le pays depuis plus d’une décennie.
Au moins sept localités ont été la cible d’assauts armés dans les régions de Kayes, Nioro du Sahel et Ségou, dans l’ouest et le centre du Mali. Kayes, Niono, Molodo, Sandaré, Diboli et Gogui ont été visées dès l’aube du 1er juillet par des attaques coordonnées attribuées au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda.
Selon le porte-parole de l’armée, le colonel-major Souleymane Dembélé, 80 assaillants auraient été neutralisés, sans qu’un bilan précis des pertes militaires ne soit communiqué. L’état-major malien assure suivre la situation de près.
Une montée en puissance préoccupante dans l’ouest
Si les attaques djihadistes touchent traditionnellement le centre et le nord du Mali, la multiplication des offensives dans la région de Kayes, à la frontière du Sénégal, marque un tournant stratégique. Diboli, ville frontalière clé pour le commerce via les ports de Dakar, a été prise pour cible. Pour Ulf Laessing, analyste à la Fondation Konrad Adenauer, cette incursion inquiète : « La stabilité de la frontière sénégalaise était jusqu’ici un point d’ancrage. Cela pourrait désormais changer. »
Des témoins décrivent des pick-ups armés fondant sur les camps militaires, forçant les habitants à fuir leurs maisons. « Par précaution, nous avons quitté notre hangar situé non loin du camp », témoigne un policier de Kayes sous couvert d’anonymat.
Quatre ans après le coup d’État, le doute s’installe
Arrivé au pouvoir en mai 2021 après un second putsch militaire, le colonel Assimi Goïta avait promis une restauration de l’autorité de l’État et un redressement sécuritaire. Pourtant, malgré la fin de la coopération militaire avec la France et l’arrivée de partenaires russes, notamment le groupe Wagner, les résultats peinent à convaincre.
Le mois de juin avait déjà été marqué par des attaques majeures à Mahou, Tessit, et Tombouctou, visant même des infrastructures comme l’aéroport et le camp Fort Cheick Sidi Békaye. Le camp de Boulkessi, dans la région de Douentza, avait également été attaqué par le GSIM.
Une armée malmenée, une population vulnérable
Face à ces violences répétées, les Forces armées maliennes (FAMa) multiplient les opérations de ratissage. Mais les groupes armés, mobiles et enracinés localement, échappent souvent aux frappes. Les pertes dans les rangs de l’armée sont estimées à plusieurs centaines depuis 2021, selon des sources non officielles.
Cette fragilité militaire impacte directement les civils. Des zones entières sont désormais hors de contrôle de l’État, livrées à l’extorsion, aux représailles, et à la loi des groupes armés. Des milliers de familles ont fui, cherchant refuge loin des lignes de front.
Un horizon politique incertain
Alors que les élections censées clore la transition sont continuellement repoussées, les critiques sur la légitimité du régime s’intensifient. À l’intérieur comme à l’international, la question se pose : la junte militaire est-elle encore en mesure de tenir ses promesses sécuritaires ?
À l’approche de la saison des pluies, période durant laquelle les opérations militaires sont ralenties, les analystes redoutent une nouvelle poussée des violences. Le GSIM et d’autres groupes armés pourraient profiter de cette accalmie apparente pour se renforcer, menaçant un peu plus la stabilité déjà vacillante du Mali.
La Rédaction

