Chaque jour, des bus franchissent la frontière entre la Tanzanie et le Burundi, transportant des centaines de Burundais contraints de rentrer dans leur pays. Après des années d’exil liées à l’instabilité politique et aux crises économiques, le rapatriement récent, orchestré par les autorités tanzaniennes, a été marqué par une forte controverse sur les conditions de retour et le respect des droits des réfugiés.
Des retours contrastés
Pour certains, le retour représente une nouvelle chance. Paul Kabura, rapatrié après neuf ans d’exil, se dit optimiste : « Je n’ai pas fui la guerre, je suis revenu pour chercher un moyen de survivre avec ma famille, et les enfants pourront retourner à l’école ».
Pour d’autres, le départ est douloureux. Vestine Uwizeyimana, revenue après dix ans en Tanzanie, témoigne d’une situation extrêmement contraignante dans les camps : « Les autorités tanzaniennes ont fermé le marché, détruit nos maisons et nos enfants ne pouvaient plus étudier. Nous étions comme des prisonniers ».
Ces rapatriements s’inscrivent dans le cadre d’une initiative lancée en 2017 visant à réduire le nombre de réfugiés burundais en Tanzanie, où plus de 140 000 personnes étaient encore présentes fin novembre 2025.
Un processus critiqué par le HCR
Selon le Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR), le rapatriement est loin d’être volontaire pour tous. Des milliers de Burundais nécessitent toujours une protection internationale, notamment ceux craignant des persécutions politiques : membres de l’opposition, anciens militaires et personnes critiques envers le gouvernement. Le HCR alerte sur des mauvaises pratiques lors du retour, y compris la destruction d’abris et des traitements inappropriés à l’encontre des rapatriés.
Bernard Ntwari, porte-parole du HCR au Burundi, précise : « Nous venons d’accueillir 4 200 rapatriés du camp de Nduta en Tanzanie. Beaucoup sont heureux d’être de retour, mais il reste des milliers de personnes qui ne peuvent pas rentrer chez elles sans risquer leur vie ou leur liberté. »
Entre optimisme et inquiétude
Le retour de réfugiés pose un défi humanitaire majeur au Burundi. Si certaines familles trouvent l’opportunité de reconstruire leur vie, d’autres restent exposées aux risques de persécution et à la précarité économique. La tension entre les initiatives étatiques de rapatriement et la protection des droits fondamentaux des réfugiés souligne l’urgence d’un accompagnement international renforcé.
La situation révèle également les limites des programmes de rapatriement lorsqu’ils ne tiennent pas compte des motivations individuelles et des risques sécuritaires. Dans ce contexte, les acteurs humanitaires appellent à un rapatriement encadré et sécurisé, respectant les principes du droit international sur les réfugiés et les demandeurs d’asile.
La Rédaction

