À moins d’un an des élections législatives prévues en juin 2026, le roi Mohammed VI a livré, le 30 juillet 2025, un discours du Trône aux accents résolument stratégiques. Le souverain y pose les fondations d’un nouveau cycle politique articulé autour de trois priorités : consolider les acquis économiques, réduire les déséquilibres territoriaux, et raviver le dialogue régional, en particulier avec l’Algérie.
Une économie résiliente mais inégalement répartie
Le roi a ouvert son allocution par un bilan économique qu’il revendique comme un « acquis national collectif ». En dépit des aléas climatiques et des tensions géopolitiques mondiales, l’économie marocaine affiche des signes de vitalité : les exportations industrielles ont doublé en une décennie, avec des performances notables dans les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique et des énergies renouvelables. Le royaume bénéficie désormais d’un accès préférentiel à plus de 3 milliards de consommateurs grâce à ses nombreux accords de libre-échange.
Autre point souligné : la baisse de la pauvreté multidimensionnelle, passée de 11,9 % en 2014 à 6,8 % en 2024. Ce progrès permet au Maroc de rejoindre la catégorie des pays à « développement humain élevé », selon les standards internationaux. Mais cette performance ne masque pas les inégalités internes.
Vers un Maroc équilibré et inclusif
Mohammed VI a alerté sur les fractures territoriales persistantes entre zones urbaines dynamiques et campagnes reléguées. « Il n’y a de place, ni aujourd’hui ni demain, pour un Maroc avançant à deux vitesses », a-t-il affirmé. Ce diagnostic appelle une redéfinition des politiques publiques, avec le passage d’une logique de développement social centralisé à une approche fondée sur le développement territorial intégré.
Dans cette optique, le roi appelle à une refonte de la régionalisation avancée – consacrée depuis 2011 mais encore inégalement appliquée. L’accent sera mis sur l’emploi local, l’accès équitable aux services sociaux de base et la gestion durable de l’eau. L’objectif est clair : faire de l’équité territoriale un socle de cohésion nationale.
La diplomatie du “dialogue possible” avec l’Algérie
Sur le plan régional, le souverain a maintenu sa ligne de « main tendue » envers l’Algérie, malgré la rupture diplomatique imposée par Alger en 2021. « J’ai constamment tendu la main en direction de nos frères en Algérie », a-t-il réaffirmé. Cette position s’inscrit dans une volonté assumée de relancer l’intégration maghrébine, jugée impossible sans la contribution active des deux piliers historiques de la région.
Mais le contexte reste tendu : le plan d’autonomie marocain pour le Sahara, soutenu à ce jour par 116 pays, renforce la posture de Rabat tout en exacerbant les divergences avec Alger. Entre fermeté sur les intérêts nationaux et ouverture au dialogue, le roi tente de poser les bases d’un futur apaisement.
Une transition institutionnelle incarnée
Dans un geste hautement symbolique, Mohammed VI a accordé une grâce royale exceptionnelle à près de 20 000 détenus, rappelant la mesure similaire prise à son intronisation en 1999. Cette décision s’inscrit dans un contexte de réformes judiciaires structurantes : peines alternatives, révision du code de procédure pénale, et finalisation de la réforme du code de la famille.
Ces chantiers dessinent l’agenda institutionnel qui accompagnera la séquence post-électorale de 2026, préparant un renouvellement de la gouvernance fondé sur la justice, la décentralisation et l’équité.
Une vision articulée sur deux fronts
En 2025, le discours du Trône acte un tournant : Mohammed VI engage le Maroc dans une transition maîtrisée, combinant approfondissement des réformes internes et ambition diplomatique mesurée. La stabilité sociale et territoriale devient la clé d’une projection régionale crédible. Dans un Maghreb encore paralysé par les rivalités algéro-marocaines, Rabat s’efforce de se positionner comme acteur de dialogue, sans renoncer à ses fondamentaux.
La Rédaction

