Ils étaient presque inconnus il y a dix ans. Aujourd’hui, leurs noms résonnent comme un avertissement dans tout le nord du Burkina Faso. Les frères Dicko, figures montantes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), ont su tisser une toile djihadiste redoutable, jusqu’à faire tomber la ville stratégique de Djibo, le 11 mai 2025. Leur ascension est le reflet d’une insécurité enracinée, d’une autorité affaiblie, et d’une guerre idéologique bien plus vaste qu’un simple conflit local.
Des prédicateurs devenus chefs de guerre
Originaires de la région de Djibo, les Dicko sont issus d’une fratrie influente, ancrée dans un islam rigoriste mais traditionnellement non violent. Ce n’est qu’après l’effondrement de la Libye en 2011, puis la crise malienne de 2012, que leur discours s’est radicalisé. Certains membres de la famille, dont Ousmane Dicko, auraient alors suivi des formations militaires et religieuses au Mali, au contact d’émissaires d’Al-Qaida.
Discrets mais organisés, ils ont patiemment enrôlé, formé et armé des jeunes déçus par l’État. Progressivement, leur réseau s’est étendu des confins frontaliers du Mali jusqu’aux faubourgs de Djibo. En dix ans, les Dicko ont transformé une insurrection marginale en appareil de guerre transfrontalier.
La chute de Djibo, une prise à haute valeur symbolique
Le 11 mai 2025, les combattants du GSIM font leur entrée dans Djibo. Une photo virale montre deux adolescents armés, posant au rond-point de l’Alliance des États du Sahel (AES). Le message est limpide : malgré les promesses de sécurité de l’AES, formée par les juntes militaires du Burkina, du Mali et du Niger, les groupes armés restent maîtres du terrain.
La prise de Djibo n’est pas qu’une victoire militaire. C’est un coup de force politique et symbolique : cette ville, longtemps perçue comme une zone tampon entre l’État et les groupes armés, est désormais sous contrôle djihadiste. C’est aussi une revanche personnelle pour les Dicko, qui considèrent Djibo comme un bastion idéologique à reconquérir.
Une stratégie d’ancrage et de provocation
À la différence de certains groupes plus erratiques, le GSIM — et à travers lui, les Dicko — adopte une logique d’enracinement territorial. En infiltrant les communautés locales, en redistribuant les ressources volées, et en exploitant les failles de la gouvernance étatique, ils remplacent parfois l’État là où celui-ci est absent.
Mais leur action va plus loin : en s’affichant publiquement sur des lieux symboliques comme celui de l’AES, ils provoquent sciemment les régimes militaires au pouvoir, les forçant à des réactions brutales souvent inefficaces, qui nourrissent davantage le ressentiment local.
Le dilemme des autorités
Le capitaine Ibrahim Traoré, à la tête du Burkina Faso depuis 2022, avait fait de la lutte contre le djihadisme sa priorité. Mais les succès militaires annoncés à Ouagadougou peinent à se traduire sur le terrain. Faute de moyens, de stratégie inclusive ou de soutien populaire, l’État recule, et les groupes armés avancent.
Face aux Dicko, la solution ne peut être purement militaire. Leur influence s’est construite sur l’humiliation, l’abandon et la peur. Elle ne pourra être détruite que par une reconquête durable du territoire, des services publics et de la confiance des populations.
La Rédaction

