L’annonce est passée presque silencieusement, mais elle pourrait bouleverser la scène politique malienne. Les 4 et 5 décembre 2025, dans un contexte d’instabilité institutionnelle et de tensions sociales, l’imam Mahmoud Dicko a lancé la Coalition des Forces pour la République (CFR). Installé à Alger depuis son départ de Bamako, l’influent leader religieux devient désormais le visage d’une opposition ouverte et structurée face à la junte militaire au pouvoir.
Une opposition républicaine face au pouvoir militaire
La CFR se positionne comme un projet politique d’opposition républicaine, en rupture avec les restrictions imposées aux partis, la limitation des libertés publiques et la fermeture progressive de l’espace démocratique. Contrairement aux anciennes contestations dispersées, cette coalition se veut organisée, durable et dotée d’un discours clair. Son porte-parole, l’économiste Étienne Fakaba Sissoko, ancien conseiller présidentiel, donne au mouvement une coloration technocratique et civile qui dépasse les idées de simple protestation religieuse.
La coalition affirme vouloir défendre les droits civiques, la liberté de la presse, la justice indépendante et les droits fondamentaux. Elle se présente comme une solution politique alternative au militarisme devenu dominant depuis 2020.
Un projet axé sur la transition civile et la refondation institutionnelle
La CFR propose une transition démocratique courte, ne dépassant pas 18 mois. Elle place au cœur de sa stratégie la réconciliation nationale et la restauration d’un ordre constitutionnel légitime. Ses membres affirment vouloir créer un cadre national inclusif regroupant acteurs politiques, organisations civiles, diaspora, et communautés religieuses.
Cette volonté d’inclusion constitue l’un de ses éléments distinctifs. Contrairement à certaines coalitions « d’appareil », la CFR ambitionne de fédérer au-delà des chapelles partisanes, dans un pays marqué par la fragmentation idéologique et une défiance profonde envers les élites traditionnelles.
Une coalition symbolique mais confrontée à des obstacles majeurs
Malgré l’impact médiatique du nom Mahmoud Dicko, l’essentiel des dirigeants de la coalition se trouvent en exil. La mobilisation de l’intérieur du Mali reste donc incertaine. La junte pourrait également réagir par la répression, la censure ou des mesures administratives ciblées. Dans un environnement sécuritaire fragile, toute opposition organisée est perçue comme une menace directe au pouvoir.
La coalition devra aussi faire face à ses propres contradictions. Elle réunit des acteurs aux parcours différents, parfois opposés dans le passé, et dont l’unité dépendra désormais d’objectifs politiques concrets, au-delà des déclarations de principes.
Un tournant pour l’opposition malienne
L’annonce de la CFR marque une étape inédite depuis l’arrivée de la junte au pouvoir. Pour la première fois, l’opposition réunit un leader symbolique, des figures politiques expérimentées et une vision institutionnelle explicite. En rendant visible une alternative structurée, la coalition donne à l’opinion publique malienne une perspective politique distincte de l’armée.
Reste désormais à savoir si cette proposition survivra aux pressions politiques, au temps, et à la capacité du pouvoir militaire à neutraliser toute voix discordante. Mais une réalité s’impose : l’opposition malienne n’est plus silencieuse. Elle s’organise, s’affirme et revendique une place dans le débat national.
La Rédaction

