Bamako vient de rejoindre une vingtaine de pays africains autour d’un nouvel instrument consacré au désarmement, à la démobilisation et à la réintégration des enfants soldats. Pour le Mali, engagé depuis 2012 dans un conflit prolongé, l’enjeu dépasse toutefois la signature : des centaines d’enfants continuent d’être recrutés, utilisés, tués ou blessés par les violences.
À New York, le Mali s’est associé à une tentative africaine de construire une réponse commune au recrutement des enfants dans les conflits armés. Le ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a signé le 23 septembre la Convention africaine sur le désarmement, la démobilisation et la réintégration des enfants soldats, aux côtés de plusieurs de ses homologues.
Issu d’un processus lancé à Rabat en novembre 2025, le texte veut organiser davantage la coopération entre États autour de la prévention du recrutement, de la libération des enfants associés aux forces et groupes armés et de leur réintégration. Pour le Mali, ces principes rencontrent une réalité particulièrement difficile.
Des enfants toujours happés par le conflit
En 2024, les Nations unies ont vérifié au Mali 892 violations graves contre 778 enfants. Parmi eux, 285 enfants, dont 21 filles, avaient été recrutés et utilisés par différents acteurs du conflit. Le JNIM représentait le premier groupe identifié dans cette catégorie, mais les cas documentés concernaient plusieurs organisations armées ainsi que d’autres acteurs. Sept enfants avaient également été utilisés dans des rôles de soutien par les forces armées maliennes.
Le recrutement n’est qu’une partie du problème. La même année, 387 enfants ont été tués ou mutilés. Les violations documentées comprennent également enlèvements, violences sexuelles et attaques contre les écoles ou les structures sanitaires.
Ces chiffres donnent à la signature malienne une portée particulière. Après plus d’une décennie de conflit, la protection des enfants se heurte à la multiplication des acteurs armés, à l’insécurité persistante et à des facteurs économiques et sociaux qui rendent certains mineurs particulièrement vulnérables au recrutement.
Sortir d’un groupe armé ne suffit pas
La convention met l’accent sur une étape souvent moins visible que le désarmement : la réintégration. Libérer un enfant d’un groupe armé ne signifie pas que son retour à une vie civile est acquis. Il faut retrouver ou reconstruire des liens familiaux, permettre le retour à l’école ou à une formation, assurer un accompagnement psychosocial et éviter une nouvelle exposition au recrutement.
Entre avril 2022 et mars 2024, 939 enfants avaient été libérés de forces ou groupes armés et pris en charge, selon les Nations unies. Mais l’organisation alertait parallèlement sur l’affaiblissement des capacités de protection de l’enfance après le retrait de la MINUSMA.
Le Mali possède par ailleurs depuis 2013 un protocole encadrant le transfert aux structures de protection des mineurs arrêtés pour association présumée avec des groupes armés. Pourtant, en 2024, onze garçons ont été maintenus en détention pendant des périodes prolongées en violation de ce dispositif, selon le rapport du secrétaire général de l’ONU.
Une norme africaine face à l’épreuve malienne
La convention signée à New York cherche précisément à rapprocher les expériences africaines et à construire des mécanismes adaptés aux conflits du continent. Sa phase de signature constitue cependant le début d’un processus juridique et politique, non son aboutissement.
Pour Bamako, sa portée dépendra donc de sa traduction dans les mécanismes nationaux de protection, de démobilisation et de réintégration, mais aussi de la capacité à faire respecter ces principes par les acteurs du conflit.
Dans une guerre qui dure depuis 2012, le défi n’est plus seulement d’affirmer qu’un enfant n’a pas sa place parmi les combattants. Il est de parvenir à l’en sortir durablement, puis de lui offrir une vie suffisamment viable pour qu’aucun groupe armé ne puisse l’y ramener.
La Rédaction
Sources : Gouvernement du Mali ; Nations unies, Bureau de la représentante spéciale pour les enfants et les conflits armés.

