Au Kenya, de nombreuses femmes perdent leur accès à la terre et aux biens de famille après le décès de leur mari, même si la loi protège formellement leurs droits à l’héritage. Cette situation résulte d’un conflit persistant entre les droits constitutionnels et les pratiques traditionnelles locales, qui continuent de marginaliser les veuves, en particulier dans les zones rurales.
Un cadre légal fort… mais difficile à faire appliquer
La Constitution kenyane garantit l’égalité des sexes, y compris en matière de droits fonciers et d’héritage : mariées ou veuves, les femmes ont le droit de posséder et de transmettre des terrestout comme les hommes. Cependant, ces protections sont souvent théoriques dans les zones rurales, où l’accès à la justice est limité et les pratiques coutumières ont plus de poids que le droit écrit.
Selon des organisations de défense des droits humains, l’éviction forcée d’une veuve de la maison familiale ou de la terre après la mort de son époux est illégale. Malgré cela, les inégalités continuent d’être renforcées par des normes sociales et culturelles qui favorisent les héritiers masculins et réduisent de facto les droits fonciers des femmes.
Les pratiques culturelles qui entravent les droits
Dans certaines communautés, notamment du Sud‑Ouest du Kenya, des pratiques telles que le “mariage hérité” (où un frère ou un parent du défunt épouse la veuve pour “préserver la lignée”) ou le “nettoyage rituel” sont encore pratiquées, malgré leur caractère contraire au droit national.
Ces coutumes, même lorsqu’elles sont présentées comme protectrices, peuvent forcer les veuves à renoncer à leurs terres ou les exposer à des pressions sociales et économiques qui compromettent leur autonomie.
Des actions locales pour faire respecter les droits
Face à ces violations, des initiatives communautaires et législatives émergent :
•À Siaya County, l’assemblée locale a récemment adopté un projet de loi de protection des veuvesqui vise à criminaliser le déshéritage forcé et le remariage imposé, ainsi qu’à créer des mécanismes d’assistance juridique pour les femmes concernées.
•Des organisations de la société civile fournissent des formations sur les lois foncières et des services juridiques gratuits, afin d’aider les veuves à faire valoir leurs droits devant les tribunaux, où les lois existantes favorisent légalement leurs demandes d’héritage.
Ces efforts s’inscrivent dans un mouvement plus large visant à réconcilier le droit coutumier et la législation nationale, en renforçant la capacité des femmes à connaître et à défendre leurs droits fonciers.
Impacts sociaux et économiques
L’absence d’accès équitable à la terre et aux biens familiaux a des conséquences profondes pour les communautés : la perte de propriété renforce la pauvreté des veuves et de leurs enfants, limite l’accès à l’éducation et aux services, et perpétue les inégalités économiques entre hommes et femmes.
Pour de nombreuses organisations locales et internationales, il ne s’agit pas seulement d’une question juridique, mais d’un enjeu de justice sociale et de développement durable.
La Rédaction

