Réunie en sommet extraordinaire, la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) a sommé le pouvoir d’Antananarivo de lever les zones d’ombre sur son projet de « refondation ». L’organisation régionale conditionne le retour à l’ordre constitutionnel à un agenda précis et inclusif.
JOHANNESBURG / ANTANANARIVO — La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) hausse le ton face aux autorités malgaches. À l’issue d’un sommet extraordinaire convoqué hier par visioconférence, l’organisation régionale a adressé un sérieux rappel à l’ordre à Antananarivo, exigeant la formulation d’un calendrier de refondation « précis, transparent et inclusif » pour baliser la transition en cours sur la Grande Île.
Dans son communiqué final, l’institution sous-régionale insiste sur un impératif démocratique : associer l’ensemble des forces vives de la Nation et vulgariser les réformes dans les langues nationales, condition sine qua non pour garantir une réelle adhésion populaire.
L’impératif démocratique face aux velléités de transition
Le sommet a réaffirmé son attachement inflexible à l’État de droit et aux principes de gouvernance démocratique. Pour la SADC, la finalité des réformes ne saurait dévier de sa trajectoire initiale : restaurer l’ordre constitutionnel et déboucher sur la formation d’un gouvernement légitime, issu de scrutins crédibles et conformes aux aspirations du peuple malgache.
Cette fermeté diplomatique contraste singulièrement avec le climat d’optimisme qui prévalait en février dernier. À l’époque, la présentation du programme de refondation laissait entrevoir une feuille de route lisible, jalonnée par un référendum constitutionnel et des élections générales — incluant la présidentielle — d’ici la fin de l’année 2027.
Un agenda flou qui sème le doute dans la région
Depuis ces promesses initiales, l’architecture politique de la transition s’est brouillée. Le chef de l’État, le colonel Michaël Randrianirina, a délégué la conduite de la concertation nationale au Conseil œcuménique des Églises chrétiennes de Madagascar (FFKM).
Or, la feuille de route récemment présentée par l’instance religieuse s’avère particulièrement lacunaire : elle passe sous silence les échéances électorales. Une omission délibérée pour certains observateurs, qui rappellent que les institutions ecclésiastiques estiment que l’agenda électoral ne relève pas de leur mandat direct.
Ce document, jugé trop sommaire, a néanmoins été transmis aux chefs d’État de la SADC. L’absence de garanties claires sur la tenue des scrutins a manifestement cristallisé les inquiétudes de la région. Pour l’organisation, aucun projet de refondation ne peut s’affranchir des urnes, seules garantes des principes constitutionnels qu’elle s’est jurée de défendre.
Le constat d’impasse du Comité des Sages
Les conclusions du sommet s’appuient sur le rapport de l’Organe de coopération politique, de défense et de sécurité de la SADC. Ce texte compile les observations de la troisième mission d’évaluation menée à Antananarivo début mai par le Comité des sages.
Le constat y est sans équivoque : les émissaires régionaux peinent encore à décrypter l’ambition réelle et les visées à long terme du processus engagé par le régime militaire.
Aujourd’hui, deux visions de la « refondation » s’affrontent à Madagascar :
D’un côté, le projet institutionnel originel du gouvernement, censé mener à une nouvelle Constitution puis à des élections générales.
De l’autre, une interprétation beaucoup plus large, défendue par le FFKM et une frange de la classe politique, qui prône une refonte sociétale profonde de la nation, quitte à reléguer l’urgence électorale au second plan.
La Rédaction

