La scène politique libyenne est de nouveau secouée par une annonce explosive. Saïf al-Islam Kadhafi, fils de l’ancien dirigeant Mouammar Kadhafi et figure controversée de l’après-2011, est mort mardi 3 février dans l’ouest de la Libye. Plusieurs sources concordantes évoquent un assassinat ciblé dans la région de Zintan, sans que les autorités ne livrent encore de version officielle complète.
Selon la chaîne Libya al-Ahrar, des proches de Saïf al-Islam ont confirmé son décès sans en préciser immédiatement les causes. Son conseiller et représentant au comité du dialogue national, Abdullah Othman Abdurrahim, a annoncé la nouvelle sur Facebook. De son côté, Hamid Kadhafi, cousin de la victime, a parlé d’un « martyr », alimentant l’émotion dans certains cercles pro-kadhafistes.
Un commando armé en cause
D’après plusieurs médias locaux, Saïf al-Islam Kadhafi aurait été tué au sud de Zintan, dans sa résidence. Âgé de 53 ans, il se trouvait seul lorsque quatre hommes armés auraient fait irruption chez lui après avoir neutralisé le système de vidéosurveillance. Les assaillants l’auraient ensuite abattu avant de prendre la fuite.
Son avocat a confirmé auprès de la presse qu’un « commando de quatre personnes » était impliqué dans l’opération. Les circonstances exactes restent floues, mais la méthode décrite renforce l’hypothèse d’une action planifiée, et non d’un incident isolé.
Accusations et démentis
Dans les heures suivant l’annonce, certaines sources ont pointé du doigt la brigade 444, une force armée influente dirigée par Mahmoud Hamza. L’unité a rapidement rejeté toute responsabilité. Dans un communiqué, elle affirme ne disposer d’aucun élément déployé à Zintan et nie l’existence d’un ordre visant Saïf al-Islam Kadhafi.
Ce démenti n’a toutefois pas suffi à calmer les spéculations, dans un pays où la fragmentation sécuritaire nourrit régulièrement les règlements de comptes politiques.
Une enquête judiciaire annoncée
Des images non vérifiées montrant le corps de Saïf al-Islam à l’arrière d’un véhicule circulent déjà sur les réseaux sociaux. Son entourage assure que la dépouille a été transférée dans un établissement privé de Zintan. Quatre magistrats auraient rejoint la ville afin d’ouvrir une enquête officielle.
« Il ne sera pas enterré avant la fin des investigations », a précisé son conseiller politique, signe de la sensibilité du dossier et de la pression autour de cette mort très médiatisée.
Son avocat, Abdallah Zaydi, a dénoncé « un assassinat lâche » qu’il considère comme un nouveau chapitre dans la longue série de violences qui minent la Libye depuis la chute du régime.
Du dauphin annoncé à l’homme traqué
Longtemps présenté comme l’héritier politique de son père, Saïf al-Islam Kadhafi avait cultivé, avant 2011, une image de réformateur ouvert à l’Occident. Diplômé et omniprésent sur la scène internationale, il incarnait alors une possible transition du régime.
Cette réputation s’est effondrée au début de la révolte libyenne, lorsqu’il avait menacé les opposants de répression sanglante. Recherché par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité, il avait été capturé dans le sud du pays, puis détenu à Zintan. Condamné à mort en 2015 à l’issue d’un procès contesté, il avait ensuite bénéficié d’une mesure d’amnistie.
En 2021, contre toute attente, il avait déposé sa candidature à l’élection présidentielle libyenne, finalement reportée sine die, révélant son ambition intacte de revenir au centre du jeu politique.
Un décès aux lourdes implications
La mort de Saïf al-Islam Kadhafi risque de raviver les tensions dans une Libye toujours divisée entre autorités concurrentes, milices armées et processus politique fragile. Pour ses partisans, il représentait une continuité possible de l’ancien État. Pour ses adversaires, il restait le symbole d’un passé autoritaire jamais soldé.
Son assassinat, s’il est confirmé, pourrait ainsi peser sur les équilibres sécuritaires et sur les calculs politiques d’un pays encore en quête de stabilité durable.
La Rédaction

