Tandis que l’ex-président exilé est visé par une procédure judiciaire, la jeunesse d’Antananarivo doute déjà des promesses du nouveau régime
À Madagascar, la transition politique ouverte après la chute de l’ancien président Andry Rajoelina en octobre 2025 entre dans une phase de consolidation institutionnelle… mais aussi de tensions croissantes.
D’un côté, les nouvelles autorités accélèrent la mise en accusation de l’ex-chef de l’État, aujourd’hui en exil à Dubaï. De l’autre, la jeunesse malgache, qui avait joué un rôle central dans la contestation de 2025, exprime déjà ses premières désillusions face au régime militaire de la “Refondation”.
Une procédure judiciaire qui se précise contre Andry Rajoelina
À Antananarivo, le dossier judiciaire visant Andry Rajoelina progresse. Depuis décembre, une plainte déposée par un mouvement de la jeunesse contestataire, la “Gen Z”, vise l’ancien président pour des soupçons de détournements de fonds publics et de gestion controversée des finances de l’État, notamment durant la période de la crise sanitaire.
Selon la ministre de la Justice, Fanirisoa Ernaivo, la procédure de mise en accusation devant l’Assemblée nationale est désormais inscrite à l’ordre du jour parlementaire. Cette étape est indispensable avant toute saisine de la Haute Cour de justice, seule juridiction compétente pour juger un ancien chef de l’État.
Le gouvernement affiche sa volonté d’accélérer le calendrier. Mais en cas d’échec du vote parlementaire, les autorités évoquent déjà des “recours alternatifs”, incluant des poursuites de droit commun et des contestations sur le statut même de l’ancien président.
Cette position soulève toutefois des interrogations juridiques et politiques sur la cohérence de la procédure engagée.
Six mois de régime militaire : entre attentes et désillusion
Parallèlement, le pouvoir issu du Capsat, installé depuis six mois, fait face à un premier bilan contrasté dans l’opinion, notamment au sein de la jeunesse universitaire.
Sur le campus d’Ankatso, à Antananarivo, les étudiants interrogés évoquent un changement limité, voire une continuité déguisée des pratiques politiques anciennes.
Si certains saluent une légère amélioration des coupures d’électricité, beaucoup dénoncent la persistance de la corruption, des pressions administratives et d’un climat politique jugé peu différent de celui du régime précédent.
Pour plusieurs étudiants, la “Refondation” annoncée peine à se traduire dans les faits. Les critiques portent autant sur l’absence de résultats économiques visibles que sur la continuité de certaines pratiques administratives.
Une jeunesse mobilisée mais déjà sceptique
La génération étudiante, pourtant à l’origine d’une partie de la contestation contre Rajoelina, exprime désormais une forme de désenchantement politique.
Les critiques visent notamment une communication gouvernementale jugée dominante par rapport aux résultats concrets, ainsi que la persistance de mécanismes de corruption dans les services publics et les transports.
Ce contraste entre attentes de rupture et réalité institutionnelle nourrit un sentiment de stagnation politique, malgré les promesses initiales de transformation profonde de l’État.
Le pari de la “concertation nationale de la jeunesse”
Face à ces critiques, les autorités ont lancé un processus de dialogue baptisé “concertation nationale de la jeunesse”, destiné à recueillir les attentes des jeunes avant une consultation plus large prévue en 2026.
Le gouvernement met en avant une volonté d’écoute et d’ouverture, notamment envers une génération qui a joué un rôle déterminant dans la crise politique récente.
Reste à savoir si cette initiative suffira à rétablir la confiance dans un contexte où la transition militaire est déjà confrontée à ses premières limites politiques et sociales.
La Rédaction

