Onze ans après le début de l’intervention militaire française au Mali et quatre ans après le premier coup d’État dans ce pays, le Sahel reste un terrain instable, marqué par une accumulation de défis sécuritaires. L’Afrique de l’Ouest, bien que moins centrale pour la politique française, est devenue le théâtre d’une compétition internationale renouvelée, exacerbée par les tensions entre grandes puissances, en particulier depuis la guerre russo-ukrainienne. Sur ce terrain, les influences militaire russe et turque se développent parallèlement aux réseaux religieux soutenus par les États du Golfe.
Chronique d’un conflit en mutation
Récemment, les Groupes Armés Terroristes (GAT) ont mené une double attaque spectaculaire à Bamako, ciblant l’aéroport et l’école de Gendarmerie. Les groupes indépendantistes maliens continuent de s’adapter aux nouvelles réalités, notamment avec la présence de la milice Wagner et la perte de Kidal en 2022. L’embuscade de Tin Zaouatine, en juillet dernier, illustre cette évolution : 84 combattants de Wagner et 47 soldats des Forces Armées Maliennes (FAMA) ont été tués. Peu après, des rebelles nigériens et maliens se sont réunis pour coordonner leur lutte contre les juntes, dans un contexte marqué par la formation de l’Alliance des États du Sahel (AES), une nouvelle coalition sécuritaire née de la sortie du G5 Sahel.
Les coups d’État successifs entre 2020 et 2023, impliquant Bamako, Ouagadougou et Niamey, ont donné naissance à une rhétorique souverainiste aux accents anti-français qui s’est répandue dans toute la région. Même Dakar a été touché avec l’élection du président Diomaye en avril dernier, marquant une extension de cette tendance. À l’autre extrémité du Sahel, le Tchad s’apprête à accueillir des troupes hongroises, symbolisant la recomposition des alliances.
Une Réévaluation des partenariats
Face à cette situation, il est devenu évident que les pays qui cherchent à maintenir une influence en Afrique doivent revoir leur approche. L’idée de domination est désormais rejetée, exigeant des partenariats basés sur le respect mutuel. La France, en particulier, se trouve à un carrefour : soit elle s’aligne entièrement sur les positions occidentales, risquant de perdre sa spécificité diplomatique, soit elle opte pour une politique d’équilibre, renouant ainsi avec sa tradition d’influence et de coopération.
Erreurs et leçons du passé : Le cas malien
Les relations franco-maliennes ont été marquées par des malentendus profonds. La France, visant à éviter l’établissement d’un sanctuaire djihadiste au Sahel, s’est heurtée aux priorités maliennes, focalisées sur la question de l’Azawad. Cette divergence a mené à des désaccords sur la nature des groupes armés, notamment avec l’inclusion des mouvements indépendantistes comme partenaires légitimes. De plus, la volonté malienne de négocier avec certains groupes djihadistes, perçus comme liés à des communautés locales, a creusé le fossé entre Paris et Bamako.
L’absence d’une stratégie de communication claire a également nui à la France. Pendant son intervention, elle a dû faire face à une guerre d’influence, notamment menée par la Russie. En 2022, des soldats russes ont été surpris par un drone français en train de manipuler des corps pour incriminer l’armée française. Cet épisode, bien que révélateur, est intervenu trop tard pour inverser la tendance.
Les options pour un nouveau partenariat
Pour regagner sa crédibilité en Afrique, la France doit se concentrer sur des partenariats proactifs et mutuellement bénéfiques, à l’image de la Mauritanie qui a su développer une stratégie sécuritaire solide tout en diversifiant ses alliances. Paris, avec une approche plus discrète et des effectifs réduits, pourrait jouer un rôle clé en matière de formation et de soutien logistique, tout en laissant les pays africains diriger leur propre sécurité.
L’exemple italien, avec son “plan Mattei” visant à instaurer une diplomatie égale et respectueuse en Afrique, pourrait servir de modèle. L’approche italienne, axée sur le développement local et le dialogue, a déjà permis de renforcer les relations avec plusieurs pays africains. Pour la France, il s’agit de prouver que son expertise reste pertinente dans un continent où de nouvelles puissances, comme la Russie et la Chine, prennent de plus en plus d’importance.
Une nouvelle page pour la France en Afrique
La France doit désormais repenser ses alliances en Afrique, en abandonnant toute approche paternaliste. Une stratégie à long terme, s’inspirant des succès récents d’autres nations européennes, pourrait permettre à Paris de regagner une crédibilité perdue. Les États africains, forts de leur volonté de souveraineté, offrent un espace de coopération qui exige de nouvelles règles, fondées sur le respect et la reconnaissance de leurs spécificités locales.
La Rédaction

