Dans les villages de l’ouest ivoirien, les sacs de cacao s’entassent sur les quais et dans les hangars, immobiles. Depuis des semaines, les producteurs observent une économie s’effriter devant leurs yeux : les commandes restent suspendues, les connaissements n’avancent pas et les prix mondiaux s’effondrent. Pour beaucoup, la récolte 2025 n’est plus seulement un revenu, c’est une question de survie.
À Duekoué, Siriri Millogo gère une coopérative où des tonnes de fèves attendent depuis des mois. « Nous avons transmis treize demandes de connaissement depuis janvier. Aucune n’a été validée », explique-t-il, fatigué par un blocage administratif qui dépasse de loin le simple retard. De nombreux agriculteurs doivent vendre leur production à prix cassés pour payer les urgences, tandis que d’autres ne peuvent tout simplement pas vendre.
Les chiffres sont alarmants : les cours mondiaux ont chuté à environ 5 000 dollars la tonne contre 12 000 fin 2024, rendant le prix garanti fixé par l’État obsolète pour les exportateurs. Le fonds de garantie censé protéger les producteurs reste inexploité. « Le système est censé nous protéger des fluctuations du marché, mais aujourd’hui, ce sont les producteurs qui paient le prix fort », constate Moussa Koné, syndicaliste.
Cette paralysie met en lumière une vulnérabilité structurelle : la filière cacao, qui représente 14 % du PIB ivoirien et touche indirectement un cinquième de la population, n’a jamais été autant exposée aux aléas des marchés mondiaux et aux lenteurs administratives. Dans l’attente d’une solution, des milliers de familles vivent dans l’incertitude, oscillant entre pauvreté et détresse sociale, alors que la récolte s’accumule, immobilisée, à l’abri des regards internationaux.
La Rédaction
Sources et références : Conseil du Café et du Cacao (CCC), Ministère ivoirien de l’Agriculture, rapports du marché international du cacao 2025, interviews de coopératives locales.

