Dans une petite usine lumineuse de Maputo, l’air est saturé de l’odeur du tabac tandis que des artisans habiles s’affairent autour de leurs établis. Ici, une équipe d’une dizaine d’ouvriers qualifiés fabrique des cigares haut de gamme destinés à un marché mondial. Eugenia Mauaie, 38 ans, « rouleuse » depuis les débuts de l’entreprise, partage avec fierté : « Peu de gens savent qu’il existe des cigares africains, et nous en produisons ici au Mozambique. »
Les artisans, regroupés par paires, commencent par choisir des feuilles de tabac sèches mais souples, à la texture veloutée, qui leur permettront de donner forme aux cigares. Une feuille de cape, d’origine camerounaise et facilement identifiable par son grain unique, est déchirée pour envelopper le tout. La majorité du tabac utilisé provient du Mozambique, bien que certains modèles de luxe intègrent également du tabac en provenance de République dominicaine.
Anthony Padilla Perez, chef d’atelier originaire de la République dominicaine, transmet son savoir-faire à ces artisans passionnés. « Chaque feuille joue un rôle : sa capacité à brûler, sa puissance et son parfum sont essentiels », explique-t-il, avec une précision qui témoigne de son expertise.
Le processus de fabrication comprend plusieurs étapes. Une fois le tabac enroulé, un ouvrier ajuste les extrémités à la longueur désirée, puis les place dans un moule avant de les presser pendant une journée pour assurer leur tenue. La touche finale consiste à façonner les embouts avec des morceaux de tabac soigneusement découpés et collés à l’aide d’une gomme végétale.
Kamal Moukheiber, le fondateur de l’entreprise, se remémore l’origine de son projet : « Un soir, en observant des gens fumer des cigares dans un café, je me suis demandé pourquoi nous n’en produisions pas en Afrique, où la culture du tabac est ancrée. » Il souligne qu’il y avait un créneau à occuper dans un pays où le climat et le sol favorisent la culture d’un tabac de qualité.
Moukheiber, financier de la City et Libanais de 55 ans, a décidé de lancer cette entreprise après des recherches approfondies. Ce qui a commencé comme un projet secondaire est désormais une entreprise florissante. Depuis la première vente de cigares Bongani à un commerce local fin 2016, l’entreprise a connu une expansion significative, employant une quinzaine de personnes et produisant entre 10 000 et 12 000 cigares par mois, distribués aussi bien en Afrique qu’en Europe ou aux États-Unis, où ils sont particulièrement appréciés par la communauté afro-américaine.
Alors que Bongani commence à se faire un nom sur le marché, le patron reconnaît que, pour s’imposer dans ce secteur hautement concurrentiel, « il faut offrir un produit de qualité. Sinon, on ne survit pas. » À 12 euros pièce, ces cigares africains intriguent et séduisent les amateurs du monde entier, prouvant que l’Afrique peut se hisser au rang des producteurs de cigares de luxe.
La Rédaction

