Après plus de vingt ans sans exécution, le Liban franchit une étape historique. Le Parlement a voté mardi 11 août l’abolition de la peine capitale pour tous les crimes, faisant passer le pays d’un moratoire de fait à une interdiction inscrite dans la loi. Une décision qui dépasse les frontières libanaises et constitue une première au Moyen-Orient.
Le changement est considérable sur le plan juridique. Jusqu’ici, les tribunaux libanais pouvaient toujours prononcer la peine capitale, même si aucune exécution n’avait été réalisée depuis le 17 janvier 2004. Le pays vivait donc depuis plus de vingt-deux ans sous un moratoire de fait, sans avoir supprimé la peine de mort de son arsenal pénal.
Le vote du Parlement met fin à cette ambiguïté. Les condamnations à mort sont désormais remplacées par la réclusion à perpétuité assortie de travaux forcés aggravés. La réforme s’applique également aux personnes déjà condamnées, faisant disparaître les sentences capitales encore en vigueur.
De la suspension à l’abolition
Le débat était loin d’être nouveau. Militants des droits humains, juristes et parlementaires réclamaient depuis des années que l’absence d’exécutions soit transformée en abolition définitive.
En février 2026, une commission parlementaire avait approuvé un projet de loi allant dans ce sens. Son adoption avait toutefois achoppé en juillet, sur fond de désaccords politiques et de débats parallèles autour d’un projet d’amnistie générale. Le texte est finalement revenu devant les députés le 11 août et a obtenu la majorité nécessaire.
Selon l’Association libanaise pour les droits civils, 84 personnes détenues dans les prisons du pays étaient encore sous le coup d’une condamnation à mort avant cette réforme.
Une première qui dépasse le Liban
La portée du vote est aussi régionale. Le Liban devient le premier pays du Moyen-Orient à abolir formellement la peine capitale, alors que celle-ci reste inscrite dans les législations de nombreux États de la région et continue d’être appliquée dans plusieurs d’entre eux.
L’Union européenne a salué une décision qui consolide juridiquement le droit à la vie après plus de deux décennies de moratoire. Les organisations de défense des droits humains y voient également la démonstration qu’un pays peut passer progressivement de la suspension des exécutions à leur interdiction définitive.
Cette réforme ne signifie pas pour autant la disparition du débat sur la politique pénale libanaise. Le pays est confronté à une importante surpopulation carcérale et discute parallèlement d’une éventuelle loi d’amnistie, sujet particulièrement sensible pour les familles de victimes et dans un contexte politique toujours fragile. (
Mais sur la peine capitale, le changement est désormais de nature : le Liban ne se contente plus de ne pas exécuter. Il renonce juridiquement au principe même selon lequel l’État peut prononcer la mort comme sanction pénale.
Dans une région où l’abolition semblait jusqu’ici difficile à inscrire dans la loi, cette décision pourrait désormais servir de précédent. C’est en cela que le vote de Beyrouth dépasse le seul droit pénal libanais : il ouvre, au Moyen-Orient, une brèche dans un tabou que plus de vingt années de moratoire avaient déjà commencé à fragiliser.
La Rédaction
Sources : Parlement libanais ; Reuters ; Associated Press ; Human Rights Watch ; Union européenne.

