En septembre 1988, une adolescente de 13 ans est assassinée à Hwaseong, en Corée du Sud. Un jeune homme est arrêté, puis condamné à perpétuité sur la base d’aveux et d’une expertise présentés comme déterminants. Pourtant, Yoon Seong-yeo affirme avoir été contraint de reconnaître un crime qu’il n’a pas commis. Pendant vingt ans, il reste emprisonné. Il faudra attendre les aveux d’un tueur en série, trente et un ans après le meurtre, pour que la justice découvre l’ampleur de son erreur. Une affaire où les enquêteurs avaient cru résoudre un crime alors que son véritable auteur était toujours libre.
Une adolescente assassinée dans une région terrorisée
Le 16 septembre 1988, une collégienne de 13 ans est retrouvée morte dans une habitation de Hwaseong, au sud de Séoul. La victime a été agressée sexuellement et étranglée. Son meurtre intervient au milieu d’une série de crimes particulièrement violents qui bouleversent la Corée du Sud depuis 1986.
La police multiplie les investigations sans parvenir à identifier le responsable des autres assassinats. Le meurtre de l’adolescente, considéré comme le huitième de la série, présente toutefois des particularités qui conduisent initialement les enquêteurs à envisager l’intervention d’un imitateur.
En juillet 1989, ils arrêtent Yoon Seong-yeo, un réparateur de machines agricoles âgé de 22 ans. Atteint de séquelles de poliomyélite, le jeune homme présente des difficultés de mobilité. Cette particularité physique soulèvera plus tard d’importantes questions sur sa capacité à commettre le crime dans les circonstances retenues.
Des aveux obtenus sous la contrainte
Après son arrestation, Yoon est interrogé par les policiers. Il finit par reconnaître le meurtre, mais affirme ensuite avoir subi des violences, des pressions et une détention illégale. Selon lui, ses déclarations ont été imposées par les enquêteurs.
L’accusation dispose également d’une expertise portant sur des poils retrouvés sur la scène du crime. Les résultats sont présentés comme compatibles avec le suspect. Cette preuve scientifique, associée aux aveux, devient un élément essentiel du dossier.
Le 20 octobre 1989, le tribunal de Suwon condamne Yoon à la réclusion criminelle à perpétuité. Ses recours sont rejetés, malgré ses protestations et les interrogations entourant les méthodes policières.
En août 2009, après vingt années de détention, il bénéficie d’une libération conditionnelle. Mais il demeure officiellement reconnu coupable. L’enquête sur les autres meurtres de Hwaseong, elle, reste sans véritable conclusion.
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Un meurtrier qui avoue trente et un ans plus tard
En septembre 2019, un retournement spectaculaire bouleverse le dossier. De nouvelles analyses ADN permettent aux enquêteurs de relier Lee Chun-jae, déjà emprisonné pour un autre assassinat, à plusieurs crimes de Hwaseong.
Interrogé, Lee reconnaît avoir commis quatorze meurtres, dont celui de l’adolescente de 1988. Il fournit des détails précis sur les circonstances du crime, que les enquêteurs jugent compatibles avec les constatations effectuées à l’époque.
La découverte provoque une remise en cause de la condamnation de Yoon. Comment deux hommes peuvent-ils avoir reconnu le même meurtre ? Et surtout, comment la police a-t-elle pu obtenir des aveux d’un innocent alors que le véritable tueur poursuivait ses crimes ?
Les investigations révèlent que les déclarations de Yoon avaient été recueillies dans des conditions illégales. L’expertise des poils, longtemps considérée comme une preuve décisive, fait également l’objet de sérieuses contestations. Les certitudes du procès de 1989 commencent à s’effondrer.
Un procès qui révèle les erreurs de l’enquête
En novembre 2019, Yoon demande la révision de sa condamnation. Le tribunal accepte de rouvrir l’affaire en janvier 2020. Au cours des audiences, les magistrats examinent les méthodes d’interrogatoire, les preuves matérielles et les déclarations du nouveau suspect.
Le 2 novembre 2020, Lee Chun-jae comparaît comme témoin. Il confirme devant la justice être l’auteur du meurtre. Ses déclarations sont jugées précises, cohérentes et compatibles avec les éléments objectifs du dossier.
Le 17 décembre 2020, le tribunal de Suwon acquitte Yoon Seong-yeo. Les juges considèrent que ses aveux, obtenus à la suite d’une arrestation illégale et de mauvais traitements, ne pouvaient être admis comme preuve. Ils relèvent également les contradictions entre son état physique, les constatations médico-légales et le scénario de l’accusation.
Fait particulièrement rare, le tribunal présente publiquement ses excuses. Le parquet reconnaît lui aussi les défaillances qui ont conduit à cette condamnation injustifiée.
Vingt ans perdus, une vérité retrouvée trop tard
L’acquittement intervient trente-deux ans après le meurtre. Yoon Seong-yeo retrouve son innocence judiciaire, mais aucune décision ne peut lui restituer les vingt années passées en prison. Une procédure d’indemnisation est ensuite engagée pour réparer, au moins financièrement, le préjudice subi.
L’affaire laisse apparaître une mécanique inquiétante : sous la pression d’une enquête criminelle particulièrement difficile, les policiers avaient obtenu des aveux et privilégié les éléments qui semblaient les confirmer. Les contradictions, notamment celles liées à la condition physique du suspect, n’avaient pas empêché sa condamnation.
Comment un homme a-t-il pu être reconnu coupable d’un meurtre que le véritable auteur avouerait trois décennies plus tard ? L’énigme de Hwaseong ne réside plus seulement dans l’identité du tueur en série. Elle se trouve aussi dans les mécanismes d’une enquête qui, en cherchant à résoudre un crime, a fabriqué une culpabilité et laissé un innocent perdre vingt années de sa vie.
La Rédaction
Sources et références
- Yonhap News Agency, « Un homme condamné à tort à 20 ans de prison pour meurtre est acquitté lors d’un nouveau procès », 17 décembre 2020.

