Face à une hausse des arrivées par la mer, le gouvernement grec suspend les demandes d’asile et adopte une posture de dissuasion assumée, au risque de heurter le droit international.Le gouvernement grec a décidé de durcir brutalement sa politique migratoire. Depuis ce mercredi 9 juillet 2025, les autorités ont annoncé la suspension, pour trois mois, de toutes les demandes d’asile déposées par des migrants arrivant par bateau depuis l’Afrique du Nord. La mesure, présentée comme une réponse d’urgence à une pression migratoire « incontrôlée », suscite de vives critiques au sein de la communauté internationale.Une hausse spectaculaire des arrivées par merDepuis le 1er janvier, plus de 7 300 migrants ont été recensés sur les îles méridionales grecques, soit une augmentation significative par rapport aux 4 935 arrivées sur la même période en 2024. Rien que le 3 juillet, 520 personnes ont été secourues au large de l’île de Gavdos, située au sud de la Crète. Selon les autorités grecques, la grande majorité de ces embarcations proviennent des côtes libyennes, un point de départ devenu central dans les routes migratoires de la Méditerranée centrale.Athènes invoque l’article 78(3) du Traité européenPour justifier cette suspension, le gouvernement grec s’appuie sur l’article 78(3) du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, qui autorise des mesures exceptionnelles en cas d’afflux soudain. Le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis a brandi l’argument d’une « urgence nationale » pour expliquer la mise en pause temporaire de l’accueil des demandeurs d’asile arrivés illégalement.Kyriakos Mitsotakis durcit le tonLe chef du gouvernement a adopté un ton résolument ferme :« Tout migrant entrant illégalement sur le territoire sera arrêté et placé en détention. »Il a également lancé un message dissuasif, destiné tant aux trafiquants qu’à leurs « clients » :« Le passage vers la Grèce est désormais fermé. Ce voyage est voué à l’échec. »Une rhétorique qui marque une volonté assumée de fermer la voie maritime nord-africaine, même temporairement, pour enrayer ce que les autorités qualifient de trafic organisé.Droit d’asile mis à l’épreuveMais cette suspension du droit d’asile n’est pas sans soulever de vives critiques. Le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) a rappelé que le droit de demander l’asile est universel, quelle que soit la manière dont une personne entre dans un pays.Amnesty International, Médecins sans Frontières et d’autres ONG dénoncent une violation flagrante du droit international et alertent sur les risques pour les personnes fuyant la guerre, la torture ou la persécution.Une mesure dans l’air du temps européenCette décision s’inscrit dans un mouvement plus large de durcissement à l’échelle européenne. Elle intervient quelques semaines après l’adoption du Pacte européen sur la migration et l’asile, qui vise à renforcer le contrôle des frontières extérieures de l’UE et à harmoniser les règles d’accueil.Athènes insiste sur le caractère temporaire et ciblé de la mesure, qui ne concerne que les arrivées par voie maritime depuis l’Afrique du Nord. Reste que cette orientation pourrait faire jurisprudence pour d’autres pays méditerranéens, dans un contexte où la solidarité intra-européenne sur les questions migratoires reste fragile.
La Rédaction

