À Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le deuxième jour de distribution d’aide organisée par la Fondation humanitaire de Gaza (GHF) a viré au chaos. Des milliers de Palestiniens, poussés par la faim après près de trois mois de blocus israélien, ont forcé les clôtures d’un centre de distribution dans une tentative désespérée d’accéder à des vivres. L’armée israélienne, déployée à proximité, a répliqué par des tirs de semonce, des obus de chars et des fusées éclairantes. Bilan : au moins trois blessés, et une nouvelle scène d’effondrement humanitaire.
Une organisation opaque, sans ancrage local
Créée en février 2025 et enregistrée à Genève, la GHF reste une énigme. Aucun bureau à Gaza, aucun responsable identifié sur le terrain. Dimanche, son directeur exécutif Jake Wood a démissionné, dénonçant l’impossibilité de garantir la neutralité et l’indépendance humanitaire face aux conditions imposées.
Cette absence de transparence nourrit la méfiance. Plusieurs agences, dont l’ONU, dénoncent une opération menée sans coordination avec les structures internationales existantes. Les ONG palestiniennes sont elles aussi tenues à l’écart, alors même qu’elles assurent l’essentiel de la réponse humanitaire depuis des mois.
Des distributions à haut risque
L’aide est acheminée vers des points fixes, souvent situés près de positions militaires israéliennes, notamment dans le corridor de Morag. Cette stratégie oblige les déplacés à parcourir plusieurs kilomètres, en pleine zone de conflit, pour atteindre les centres. Une méthode contraire aux usages humanitaires, qui privilégient des distributions proches et sécurisées.
Le Hamas parle d’un « effondrement » de la stratégie israélienne, qui cherche selon lui à contrôler unilatéralement l’aide tout en marginalisant les acteurs locaux. De son côté, ActionAid dénonce une instrumentalisation évidente : « Une aide utilisée pour masquer une violence continue n’est pas une aide, mais une stratégie de contrôle sous couvert humanitaire. »
La défiance s’installe
La GHF affirme avoir temporairement suspendu ses opérations pour « éviter des pertes humaines », tout en niant tout recours à la force. Mais sur le terrain, les critiques s’accumulent. L’ONU indique n’avoir jamais été informée de ses livraisons, et les scènes de panique à Rafah ne font que renforcer la perception d’une structure improvisée, opaque, et politiquement alignée.
Pour les Palestiniens, l’aide promise devient inaccessible. Et le sentiment grandit que l’humanitaire est désormais piégé dans une logique de guerre.
La Rédaction

