Les modes de vie évoluent, et avec eux, la consommation d’eau mondiale qui a été multipliée par six au cours du siècle dernier, bien plus rapidement que la croissance démographique. Dans un contexte de changement climatique où des phénomènes extrêmes, tels que les sécheresses, se multiplient, une solution attire de plus en plus l’attention : le recyclage des eaux usées. Ce processus, en plein essor, pourrait jouer un rôle clé pour atténuer la pression sur les ressources en eau douce. Voici un tour d’horizon de ce procédé, de ses avantages et de ses défis.
À l’échelle mondiale, environ 20 % de l’eau est utilisée à des fins industrielles, 10 % pour des usages domestiques, et les 70 % restants servent à l’agriculture. Si un être humain a besoin de 2 litres d’eau potable par jour, il en faut environ 3 000 litres pour produire sa ration alimentaire quotidienne. Par exemple, la production d’un kilogramme de blé nécessite environ 1 000 litres d’eau, tandis que le riz en demande deux fois plus. La viande, quant à elle, requiert entre six et vingt fois plus d’eau que les céréales.
Face à des sécheresses de plus en plus fréquentes, le GIEC prévoit une intensification de ces événements extrêmes. Les pénuries d’eau observées autour du bassin méditerranéen et dans d’autres régions ont déjà engendré des situations inédites, telles que la distribution d’eau à Barcelone ou des restrictions sur l’usage de l’eau au Maroc, notamment pour les laveurs de voitures et les hammams. Ce constat a conduit à une réflexion croissante sur la réutilisation des eaux usées après leur traitement, un procédé appelé REUT (Réutilisation des Eaux Usées Traitées).
Qu’est-ce que la REUT ?
La REUT consiste à traiter les eaux usées pour les réutiliser, une approche qui s’inscrit dans l’économie circulaire de l’eau. Elle permet ainsi de réduire la pression sur les ressources en eau conventionnelles, qu’elles soient souterraines ou de surface. Les eaux traitées peuvent servir à divers usages, tels que l’irrigation agricole, l’industrie (nettoyage, refroidissement) ou même l’arrosage des espaces publics. Elles peuvent aussi être utilisées pour recharger artificiellement les nappes phréatiques.
Un panorama mondial inégal
Certains pays sont pionniers dans l’utilisation de la REUT. On trouve ainsi la Namibie, Singapour, l’Australie, Malte, ou encore l’Espagne parmi les leaders de cette pratique. En France, face à des années de sécheresse, cette solution commence à devenir une priorité.
La REUT présente plusieurs avantages : elle assure une gestion plus durable des ressources en eau, réduit la pression sur les sources conventionnelles, et aide à la résilience face aux changements climatiques. Contrairement au dessalement, qui est énergivore et génère des rejets polluants, la REUT offre un cycle d’utilisation de l’eau avec une empreinte écologique réduite.
Des exemples inspirants
Israël, pionnier en la matière depuis les années 1960, a atteint un taux de réutilisation impressionnant de 85 %, transformant la contrainte en une opportunité économique. Ce modèle permet de réduire la dépendance aux ressources conventionnelles et soutient des secteurs comme l’agriculture irriguée et l’industrie. De son côté, le Koweït, malgré son stress hydrique élevé, réutilise 42 % de ses eaux usées pour des usages urbains, comme l’arrosage des espaces verts et l’entretien des infrastructures publiques. D’autres pays, comme la Tunisie et le Maroc, adoptent également la REUT, notamment dans le secteur agricole, bien que le potentiel soit encore sous-exploité, surtout pour réduire la pression sur les ressources conventionnelles.
Les défis à surmonter
Bien que les progrès techniques permettent de traiter les eaux usées de manière efficace, la qualité de l’eau recyclée dépend de celle de l’eau brute en entrée. Les pollutions chimiques peuvent rendre le traitement complexe et coûteux. De plus, les coûts liés à la construction des infrastructures nécessaires à la REUT restent un obstacle majeur pour les pays à revenu faible ou intermédiaire.
La perception publique constitue également un frein. Les réticences socioculturelles, liées à la sécurité sanitaire de l’eau recyclée, freinent son adoption, même pour des usages agricoles. Des campagnes de sensibilisation, des programmes éducatifs et un cadre réglementaire approprié peuvent aider à surmonter ces barrières.
Une réponse partielle mais prometteuse
La REUT offre une source d’eau précieuse dans les régions confrontées à une rareté de cette ressource. Cependant, elle ne doit pas occulter la gestion responsable des usages, afin d’éviter l’effet rebond, où la disponibilité accrue de l’eau entraîne une consommation excessive. Intégrée dans une gestion globale et durable des ressources, la REUT peut contribuer à équilibrer l’offre et la demande, en réduisant le gaspillage et en optimisant l’utilisation de l’eau, tout en préservant l’environnement. C’est une réponse clé face aux défis croissants du stress hydrique.
La Redaction

