Introduit dans les années 1970 pour freiner la désertification, le prosopis, un arbuste épineux originaire d’Amérique latine, est devenu un véritable fléau dans la région de l’Afar, au nord-est de l’Éthiopie. Sa propagation incontrôlée menace les ressources en eau, la biodiversité et la survie des communautés pastorales.
Une introduction prometteuse… devenue catastrophe
À l’origine, le prosopis devait stabiliser les sols arides, réguler le microclimat, fournir de l’ombre et permettre la production de charbon de bois. Mais ses branches épineuses, pouvant atteindre dix mètres de hauteur, couvrent désormais des dizaines de milliers d’hectares, transformant les plaines de l’Afar en zones quasi impraticables.

Khadija Humed, éleveuse dans la région, raconte : « À cause de cette plante, nous sommes devenus pauvres. Avant le prosopis, les habitants avaient entre 50 et 100 têtes de bétail. Aujourd’hui, je n’ai que dix vaches et vingt chèvres et moutons. » Le prosopis rend le bétail malade et attire des prédateurs comme lions, hyènes et renards, qui attaquent les troupeaux, ajoute Yusuf Mohammed, éleveur de 76 ans.
Conséquences économiques et écologiques
Chaque arbre peut absorber jusqu’à sept litres d’eau par jour, asséchant les terres et rendant l’agriculture plus difficile. Selon l’économiste Ketema Bekele, les pertes économiques liées au prosopis dans l’Afar s’élèvent à 602 millions de dollars sur 30 ans, soit quatre fois le budget annuel de la région.
La surface occupée par le prosopis a quadruplé entre 2003 et 2023, passant de 2,16 % à 8,61 % du territoire éthiopien, et pourrait atteindre 22 % d’ici 2060, selon le Journal of Environmental Management. Sa dissémination est facilitée par les chameaux, qui mangent les gousses et dispersent les graines dans leurs excréments.
Des solutions à l’étude
Depuis 2022, l’ONG CARE expérimente plusieurs méthodes pour contenir l’invasion : les feuilles séchées sont utilisées comme nourriture animale, la plante sert à fabriquer briques et charbon de bois, et des programmes de déracinement sont combinés à la plantation d’arbres fruitiers pour générer des revenus aux communautés locales.
Malgré ces efforts, le prosopis reste « hors de contrôle », couvrant près de 20 000 km² dans l’Afar et avançant vers Amhara et Oromia. L’arbre invasif constitue aujourd’hui un défi majeur pour préserver les écosystèmes et la survie des éleveurs éthiopiens.
La Rédaction

