L’arrivée d’un médicament révolutionnaire contre le VIH suscite à la fois espoir et inquiétude. Le Lénacapavir, injection préventive biannuelle, pourrait transformer la lutte contre le sida, mais son accessibilité reste un défi majeur pour de nombreux pays à revenu intermédiaire.
Une percée scientifique à portée de seringue
Le Lénacapavir, développé par Gilead Sciences, sera produit en version générique par les sociétés indiennes Hetero et Dr Reddy’s, avec le soutien financier de la Fondation Gates et d’Unitaid. Son prix ? 40 dollars par patient et par an, soit environ 692 rands, ce qui le rend abordable pour la majorité des pays à revenu faible et intermédiaire.
Le déploiement est prévu à partir de 2027, sous réserve d’approbation réglementaire, et devrait concerner 120 pays dans le monde. L’objectif : réduire les nouvelles infections et offrir une prévention efficace et durable grâce à une injection tous les six mois, plus simple à suivre qu’une prise quotidienne de médicaments.
L’exclusion de certains pays inquiète
Malgré cette avancée, de nombreux pays à revenu intermédiaire restent hors des accords de licence, notamment en Amérique latine, Afrique du Nord et Asie. Selon Solange Baptiste, directrice exécutive de l’ITPC :
“Des millions de personnes se verront refuser une prévention qui pourrait mettre fin au sida, alors même que leurs systèmes de santé sont fragiles et que les programmes existants sont réduits.”
La situation met en lumière le besoin urgent de financements supplémentaires pour la sensibilisation, la formation des professionnels de santé et la logistique nécessaire à une distribution efficace du médicament.
Priorité aux pays les plus touchés par le VIH
Gilead Sciences a donné la priorité à 18 pays représentant 70 % du fardeau mondial du VIH : Botswana, Eswatini, Éthiopie, Kenya, Lesotho, Malawi, Mozambique, Namibie, Nigeria, Rwanda, Afrique du Sud, Tanzanie, Ouganda, Zambie, Zimbabwe, Philippines, Thaïlande et Vietnam.
Des discussions sont en cours avec l’Organisation panaméricaine de la santé pour étendre l’accès en Amérique latine, mais la route reste longue pour les pays exclus.
Un impact potentiel majeur sur la prévention
Selon une étude publiée dans The Lancet HIV, élargir l’accès au Lénacapavir à 4 % seulement de la population dans les pays à forte incidence pourrait prévenir jusqu’à 20 % des nouvelles infections.
Pour que ces chiffres deviennent réalité, les experts insistent sur l’accompagnement financier et logistique, allant bien au-delà de la simple production de médicaments, incluant campagnes de sensibilisation et formation des soignants.
Transparence et équité, des défis cruciaux
Pour les pays non couverts par l’accord de 40 dollars, le prix reste confidentiel, ce qui limite la transparence et la planification des systèmes de santé locaux. Mohga Kamal-Yanni, consultante en santé mondiale, alerte :
“Sans visibilité sur les prix et les mécanismes de distribution, les populations vulnérables pourraient être exclues, malgré la disponibilité d’un médicament efficace.”
Le Lénacapavir symbolise une percée scientifique majeure dans la prévention du VIH, mais sa réussite dépendra autant de la production que de l’équité d’accès, de la transparence et des financements pour atteindre les communautés les plus exposées.
La Rédaction

