Un forum sous tension, loin du consensus attendu
Ouvert dans un contexte de fortes attentes autour de la coopération sécuritaire, le Forum de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique a rapidement dépassé le cadre habituel des échanges techniques. Les discussions ont été marquées par une série de déclarations politiques à forte charge diplomatique, traduisant la profondeur des divergences entre États ouest-africains.
Plutôt qu’un espace de convergence, la rencontre a mis en lumière un climat de méfiance croissante au sein de la région sahélienne.
Bamako et Niamey durcissent le ton sur les responsabilités extérieures
Prenant la parole en marge des travaux, le ministre malien des Affaires étrangères Abdoulaye Diop a évoqué l’existence de soutiens externes aux groupes armés opérant au Sahel, citant des formes d’appui logistique et d’hébergement dans certains pays voisins, sans désignation explicite.
Il a également fait référence à des acteurs étrangers impliqués dans des opérations sur le terrain, des accusations particulièrement sensibles dans un contexte déjà marqué par des tensions diplomatiques prolongées avec plusieurs partenaires occidentaux.
Le Niger a, pour sa part, adopté une posture encore plus directe. Son chef de la diplomatie a mis en cause la France, accusée d’entretenir des dynamiques déstabilisatrices, tout en affirmant que la coopération antiterroriste affichée ne reflétait pas, selon lui, la réalité des rapports de terrain.
Une CEDEAO contestée, entre rupture et dialogue résiduel
Ces prises de position interviennent dans un contexte institutionnel fragilisé par la rupture entre les États de l’Alliance des États du Sahel (AES) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
Si le président en exercice de l’organisation régionale a réitéré son appel au dialogue et à la réintégration, les autorités maliennes ont confirmé la nature définitive de leur retrait, tout en évoquant la possibilité de maintenir des mécanismes de coopération fonctionnelle sur des enjeux pratiques, notamment la circulation et les échanges économiques.
Un espace régional en recomposition accélérée
Au-delà des échanges diplomatiques, ces déclarations illustrent une recomposition profonde des équilibres ouest-africains. La lutte contre les groupes jihadistes, qui reste le point central des politiques sécuritaires dans la région, s’inscrit désormais dans un environnement fragmenté, où les désaccords politiques pèsent autant que les contraintes opérationnelles.
La multiplication des positions divergentes fragilise les cadres multilatéraux existants et complique la construction d’une réponse régionale unifiée face à la menace.
Un forum révélateur des lignes de fracture
Le Forum de Dakar, censé incarner un espace de dialogue stratégique, apparaît ainsi comme un révélateur des tensions qui traversent aujourd’hui le Sahel et l’Afrique de l’Ouest. Entre accusations croisées, repositionnements diplomatiques et redéfinition des alliances, la région entre dans une phase où la sécurité ne peut plus être dissociée des rivalités politiques.
La Rédaction

