Le Ghana s’apprête à inscrire la question des réparations au cœur de l’agenda international. Le 25 mars 2026, Accra doit soumettre à l’Assemblée générale des Nations Unies un projet de résolution visant à reconnaître la traite transatlantique et l’esclavage comme le crime le plus grave jamais commis contre l’humanité. Une initiative qui s’annonce comme un tournant diplomatique majeur, près de 80 ans après la création de l’ONU.
Portée par le président John Dramani Mahama, cette démarche s’inscrit dans une stratégie continentale amorcée lors du dernier sommet de l’Union africaine. Désigné « champion de l’UA pour les réparations », le chef de l’État ghanéen entend transformer une revendication historique en levier diplomatique global, en s’appuyant sur une mobilisation élargie au-delà du continent africain.
Dans cette perspective, Accra a multiplié les consultations avec plusieurs blocs internationaux, notamment le Mouvement des non-alignés, le Groupe des 77 et la CARICOM, afin de bâtir un front de soutien le plus large possible. L’objectif est clair : inscrire la question de l’esclavage dans une lecture juridique et politique contemporaine, dépassant le cadre mémoriel.
Le texte défendu par le Ghana repose sur trois piliers structurants : la reconnaissance de la vérité historique, l’ancrage dans le droit international et le rapprochement entre l’Afrique et sa diaspora. En qualifiant l’esclavage de norme impérative du droit international, ne pouvant faire l’objet d’aucune dérogation, la résolution entend souligner la gravité exceptionnelle et les conséquences durables de ce système sur les déséquilibres mondiaux actuels.
Au-delà de la portée symbolique, l’initiative s’inscrit dans une approche plus large de justice réparatrice. Accra évoque ainsi des pistes concrètes, allant de la restitution d’artefacts culturels à la relecture des récits historiques, en passant par une reconnaissance explicite des inégalités héritées de l’esclavage. Pour les autorités ghanéennes, cette reconnaissance constitue un préalable indispensable à une réévaluation des rapports économiques et financiers à l’échelle mondiale.
Soucieuse d’éviter toute crispation diplomatique, la présidence ghanéenne insiste sur le fait que la résolution ne vise aucun État en particulier, mais cherche à promouvoir une dynamique fondée sur la vérité, la reconnaissance et la réconciliation. « L’adoption de cette résolution n’effacera pas l’histoire, mais elle la reconnaîtra », a déclaré John Dramani Mahama, résumant l’esprit de cette initiative.
En amont du dépôt officiel, une série d’événements est prévue à New York, dont une cérémonie le 24 mars suivie d’un forum de haut niveau consacré à la justice réparatrice. Le Ghana espère ainsi transformer ce moment diplomatique en jalon décisif dans la quête d’une reconnaissance internationale des crimes liés à l’esclavage et de leurs conséquences contemporaines.
La Rédaction

