À la conquête du pouvoir absolu, Bola Tinubu fragilise l’APC de l’intérieur
À deux ans de la présidentielle de 2027, le président nigérian Bola Ahmed Tinubu semble déjà en campagne. Avec une série de ralliements spectaculaires issus de l’opposition, il renforce son emprise politique, redessinant le paysage partisan. Mais cette stratégie, qualifiée par certains d’« embarras de richesses », commence à semer le trouble au sein de son propre parti, l’All Progressives Congress (APC), dont les cadres historiques se sentent marginalisés.
Des ralliements en cascade
Depuis le début de l’année 2025, plusieurs figures de l’opposition, notamment issues du People’s Democratic Party (PDP) et d’autres partis secondaires, ont rejoint les rangs du pouvoir. À Abuja comme dans les États stratégiques du pays, la machine politique de Tinubu multiplie les annonces d’adhésion. Pour le camp présidentiel, ces transferts sont la preuve d’une confiance renouvelée dans sa vision pour le Nigeria.
Mais ce succès apparent cache une réalité plus trouble. Ces ralliements ne se font pas sans contrepartie. Promesses de postes, d’investissements ou de protection : les calculs politiciens sont omniprésents. Résultat, de nombreux cadres de l’APC dénoncent une logique de “portes tournantes” et la dilution de l’identité idéologique du parti.
Le ressentiment gronde dans les rangs
Pour certains membres historiques de l’APC, cette politique d’intégration massive ressemble à une trahison. Beaucoup estiment que les nouveaux venus bénéficient de faveurs que les fidèles du parti attendent encore. Certains n’hésitent plus à exprimer leur frustration publiquement, accusant Tinubu de sacrifier la cohérence interne au profit d’une victoire électorale à tout prix.
En coulisses, des tensions montent. Les gouverneurs et parlementaires issus du noyau dur de l’APC craignent d’être court-circuités dans la redistribution des ressources politiques. Une fronde, pour l’instant diffuse, pourrait se structurer à mesure que l’échéance de 2027 approche.
Tinubu, stratège ou pyromane ?
Depuis les années 1990, Bola Tinubu a bâti sa réputation comme faiseur de rois dans la politique nigériane. Architecte de coalitions improbables, il maîtrise l’art de l’anticipation et de la conquête. Son ascension à la présidence en 2023 a confirmé son talent de tacticien. Mais la stratégie actuelle soulève une question fondamentale : à force de tout absorber, que reste-t-il du socle qui l’a porté au pouvoir ?
Si la fusion des élites politiques peut renforcer momentanément sa légitimité, elle risque aussi d’affaiblir les institutions et d’alimenter un sentiment de cynisme dans l’opinion publique. Pour une partie de la jeunesse nigériane, ce jeu de chaises musicales perpétuel est la preuve d’une classe politique déconnectée des réalités.
Un risque pour la démocratie ?
Le Nigéria, plus grande démocratie d’Afrique, n’est pas étranger aux transfuges politiques. Mais la fréquence et l’ampleur des défections actuelles posent un défi à la stabilité du système. En réduisant l’opposition à une mosaïque sans cohérence, Tinubu affaiblit le pluralisme démocratique. S’il continue sur cette voie, il pourrait se retrouver seul… mais cerné par des mécontentements multiples.
La Rédaction

