En 2004, Andrew Malkinson est condamné à perpétuité pour le viol d’une femme près de Manchester, en Angleterre. Aucune preuve scientifique ne le relie pourtant à l’agression. Trois ans plus tard, des analyses révèlent la présence d’un ADN masculin qui n’est pas le sien. Cette découverte ne suffit pas à rouvrir son procès. Pendant des années, ses recours échouent et Malkinson reste emprisonné, tout en proclamant son innocence. Il faudra attendre juillet 2023 pour que ses condamnations soient annulées. L’affaire devient alors un scandale judiciaire : comment une preuve susceptible de remettre en cause sa culpabilité a-t-elle pu rester sans effet aussi longtemps ?
Une condamnation sans preuve ADN
Dans la nuit du 19 juillet 2003, une femme est violemment agressée et violée alors qu’elle rentre chez elle, dans le Grand Manchester. Andrew Malkinson est arrêté quelques semaines plus tard. Les enquêteurs disposent principalement de témoignages d’identification, notamment celui de la victime et de deux autres personnes. Aucune trace biologique ni aucune autre preuve scientifique ne permet de le relier directement à l’agression.
Malkinson conteste les accusations et affirme qu’il se trouvait chez lui au moment des faits. Le 10 février 2004, un jury le reconnaît néanmoins coupable, par dix voix contre deux. Il est condamné à la prison à perpétuité. Son premier appel est rejeté en 2006, tandis qu’il continue de nier toute implication dans le crime.
Un ADN découvert, mais une révision refusée
Entre 2007 et 2008, une opération de réexamen scientifique permet d’identifier, sur des prélèvements provenant de la victime, un profil ADN masculin inconnu. Ce profil ne correspond pas à celui de Malkinson. La découverte est importante, mais elle ne conduit pas immédiatement à l’identification d’un autre suspect.
En 2009, Malkinson saisit la Criminal Cases Review Commission (CCRC), l’organisme chargé d’examiner les possibles erreurs judiciaires en Angleterre et au pays de Galles. Il espère obtenir de nouvelles analyses et la réouverture de son procès. Sa demande est rejetée en 2012. Une seconde requête, déposée en 2018, connaît le même sort en janvier 2020.
La situation est d’autant plus troublante que Malkinson refuse de reconnaître un crime qu’il affirme ne pas avoir commis. Après plus de dix-sept années de détention, il est finalement libéré sous conditions en décembre 2020. Mais ses condamnations demeurent valables et il reste soumis au régime applicable aux personnes condamnées à perpétuité.
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Des preuves négligées refont surface
Avec l’aide de l’organisation indépendante APPEAL, de nouvelles investigations sont engagées. Les progrès des techniques génétiques permettent d’exploiter davantage les prélèvements conservés. En octobre 2022, une comparaison avec une base de données policière révèle une correspondance entre le profil retrouvé sur les vêtements de la victime et celui d’un autre homme.
Le dossier révèle également des informations qui n’avaient pas été correctement communiquées à la défense. Certaines concernaient la fiabilité des témoins d’identification, notamment leurs antécédents judiciaires. Une photographie susceptible de fragiliser l’identification effectuée par la victime n’avait pas non plus été divulguée.
En janvier 2023, la CCRC accepte enfin de renvoyer l’affaire devant la Cour d’appel. Les nouveaux éléments ne démontrent pas, à eux seuls, la culpabilité de l’homme correspondant au profil ADN. Ils remettent toutefois profondément en cause la solidité du dossier ayant conduit à la condamnation de Malkinson.
Dix-sept ans de prison pour une erreur judiciaire
Le 26 juillet 2023, la Cour d’appel annule les trois condamnations d’Andrew Malkinson. Dans son jugement motivé, publié le 7 août, elle retient les nouvelles preuves génétiques et les manquements concernant la communication d’informations à la défense. Le verdict de 2004 ne peut plus être considéré comme sûr.
L’affaire provoque une vive controverse au Royaume-Uni. Une enquête indépendante est ouverte sur le rôle de la police, du parquet et de la CCRC. En 2024, un examen consacré au traitement des recours conclut que l’organisme chargé de détecter les erreurs judiciaires a commis de graves défaillances et manqué plusieurs occasions de faire réexaminer le dossier plus tôt.
Le paradoxe est particulièrement frappant : l’institution censée constituer un dernier recours contre les condamnations injustifiées avait elle-même contribué, par ses décisions et ses omissions, à prolonger l’erreur. Malkinson aurait pu obtenir un réexamen bien avant 2023.
Son affaire illustre les conséquences d’une confiance excessive dans les témoignages d’identification et d’une exploitation insuffisante des preuves scientifiques. Elle soulève surtout une question essentielle : comment un homme a-t-il pu passer dix-sept ans en prison alors que des éléments susceptibles de remettre en cause sa condamnation existaient depuis 2007 ? La découverte tardivement exploitée de cet ADN n’a pas seulement bouleversé un verdict. Elle a révélé les failles successives des mécanismes censés empêcher qu’une erreur judiciaire se prolonge pendant des décennies.
La Rédaction
Sources et références
- Cour d’appel d’Angleterre et du pays de Galles, R v Malkinson, arrêt du 7 août 2023.
- Criminal Cases Review Commission, communiqués des 24 janvier et 7 août 2023.
- Andrew Malkinson Inquiry, chronologie officielle de l’affaire.
- Chris Henley KC, examen indépendant du traitement des recours par la CCRC, 2024.

