À Ahouati, la mémoire remonte à la surface. La Côte d’Ivoire a franchi une étape majeure dans la valorisation de son patrimoine historique avec l’inauguration, lundi 1er juillet 2025, d’une aile de son tout premier musée archéologique. Ce projet novateur, implanté dans la région d’Agneby-Tiassa, marque une rupture avec la négligence du passé et inaugure une nouvelle ère de recherche, de conservation et de transmission.
De l’environnement à l’Histoire : la surprise d’Ahouati
Ironie du sort ou clairvoyance politique : c’est à l’occasion de la construction d’un barrage hydrauliqueque les premiers vestiges paléolithiques et néolithiques ont été mis au jour. Ce chantier, initialement conçu pour répondre à des besoins énergétiques, a ainsi révélé un pan méconnu de l’histoire précoloniale du territoire ivoirien.
« Une contrainte environnementale est devenue une opportunité historique », s’est félicitée Françoise Remarck, ministre de la Culture et de la Francophonie, en saluant l’événement comme une avancée décisive pour la mémoire nationale.
Des fragments du passé enfin rassemblés
L’aile inaugurée expose une première collection précieuse : outils métallurgiques, ossements humains et animaux, fragments d’objets de la vie quotidienne, témoins silencieux des peuples anciens qui ont occupé la région. Jusque-là, ces pièces étaient conservées de façon précaire dans les laboratoires universitaires, dispersées et invisibles du grand public.
Pour Désiré Dangi Kouamé Kra, jeune doctorant en archéologie à l’université Félix Houphouët-Boigny, cette ouverture est bien plus qu’un simple événement institutionnel : « C’est une reconnaissance de notre discipline. Ce musée donne à la jeunesse ivoirienne un lieu pour rêver et construire scientifiquement l’histoire du pays. »
Un projet pionnier en Afrique de l’Ouest francophone
Le musée d’Ahouati est le premier musée archéologique dédié de l’Afrique de l’Ouest francophone, un statut qui confère à la Côte d’Ivoire un rôle pionnier dans le domaine. Le ministre de la Santé et président du conseil régional, Pierre Dimba, a salué une initiative structurante, porteuse d’identité et de rayonnement régional. L’ambition déclarée : faire de la Côte d’Ivoire un leader en préservation archéologique.
Une coopération suisse pour protéger les biens culturels
Ce musée est aussi le fruit d’une coopération bilatérale avec la Suisse. La conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider a assisté à l’inauguration et signé un accord visant à encadrer l’importation, l’exportation et le retour de biens culturels, une avancée diplomatique qui renforce la lutte contre le trafic illicite de patrimoine.
Avec cette inauguration, la Côte d’Ivoire affirme que son passé n’est pas une relique à enfouir, mais une ressource à explorer, à protéger et à transmettre. Un acte fort, dans un continent où l’archéologie peine encore à s’imposer comme enjeu national.
La Rédaction

