Les relations entre le Mali et l’Algérie traversent une période de turbulences marquée par des échanges tendus et des divergences profondes sur la gestion de la crise sécuritaire dans la région sahélienne. Dernier épisode en date : les déclarations du ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, affirmant que la solution au conflit malien est avant tout politique, et non militaire.
Une réponse cinglante de Bamako
Ces propos ont été mal accueillis par les autorités de transition au Mali. Ces dernières, tout en rejetant toute leçon en matière de lutte contre le terrorisme, ont répliqué en invitant Alger à se concentrer sur ses propres défis internes, notamment la question sensible de la Kabylie.
Pour Fousseyni Ouattara, vice-président de la Commission défense nationale au Conseil national de transition (CNT), les paroles d’Ahmed Attaf sont perçues comme une véritable offense. “Au nord du Mali, nous faisons face à des terroristes. Les représenter comme des combattants est une insulte,” a-t-il affirmé, exprimant l’indignation de Bamako face à ce qu’elle considère comme une méconnaissance des réalités locales.
L’Algérie et la question du repositionnement
L’Algérie, acteur clé dans les négociations ayant abouti à l’Accord de paix et de réconciliation de 2015, semble perdre son influence depuis que Bamako a décidé de s’éloigner de cet accord jugé inadapté. Selon l’analyste politique Paul Oula, Alger mène une délicate bataille de repositionnement, notamment en exploitant sa présidence actuelle du Conseil de sécurité des Nations unies pour faire avancer sa vision de la gestion du Sahel.
Cependant, cette stratégie pourrait se heurter à des obstacles majeurs. “L’Algérie n’est pas membre permanent du Conseil de sécurité et ne dispose pas du droit de veto. De plus, le Mali bénéficie du soutien d’alliés influents comme la Russie et la Chine, qui défendront leurs intérêts dans la région,” explique-t-il.
Un contentieux qui dure
Les tensions entre les deux pays ne datent pas d’hier. Déjà en décembre 2023, les ambassadeurs des deux nations avaient été convoqués et rappelés pour consultation, après des accusations maliennes pointant du doigt la “proximité” d’Alger avec certains groupes armés. En septembre 2024, ces différends ont pris une nouvelle ampleur devant l’Assemblée générale des Nations unies, où les représentants des deux pays n’ont pas mâché leurs mots.
Ces affrontements diplomatiques témoignent de la complexité des relations entre le Mali et l’Algérie, où se mêlent enjeux sécuritaires, rivalités d’influence et visions divergentes de la stabilité régionale. Le chemin vers une coopération apaisée semble encore long.
La Rédaction

