Les abus sexuels commis par des Casques bleus se multiplient en République centrafricaine (RCA). Des agressions sexuelles que beaucoup de victimes ne signalent pas par peur ou parce qu’elles ne savent pas vers qui se tourner. Le mercredi 16 octobre 2024, le journal Le Monde en partenariat avec The New Humanitarian, ont publié le rapport d’une enquête réalisée.
Selon leur rapport, en République Centrafricaine, la vie des femmes et filles continue d’être ruinée par les abus et l’exploitation sexuels commis par les soldats de la paix de l’ONU. Et nombreuses sont les victimes qui ne signalent pas les cas à la mission sur le terrain parce qu’elles craignent des représailles, ne sachant pas qui contacter ou manquant de confiance dans les mesures qui seront prises. The New Humanitarian s’est entretenu avec 19 femmes qui n’ont pas signalé d’abus ainsi qu’avec des organisations de la société civile qui ont déclaré qu’ils ne partageaient pas non plus leurs allégations malgré l’enregistrement d’un flux constant de nouveaux cas.
« Alors qu’on parlait du paiement, il m’a touché les seins et les fesses. Il m’a dit : “Tu ne sors pas aujourd’hui, tu viens avec moi.” Il a posé une grenade sur la table avant d’ajouter : “C’est soit du sexe, soit la mort.” » témoigne une victime à voix basse, une vendeuse de fruits et légumes qui a déclaré avoir été violée par un Casque bleu rwandais l’année dernière. Elle ajoute « Si je ne suis pas allée voir la MINUSCA, c’est parce que je ne sais pas à qui m’adresser, mais aussi parce que j’ai peur. Ils disent que leurs Casques bleus sont venus de leur pays pour nous protéger, mais ils nous violent, alors que pouvons-nous faire ? ».
Selon des enquêtes menées en 2018 et 2019 par The New Humanitarian, les survivantes des abus commis par les soldats de la paix en RCA ont reçu une assistance limitée de la part de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en Centrafrique (MINUSCA) et des organisations partenaires, et ont été déçus par des enquêtes ont pris trop de temps et ont souvent écarté et discrédité les témoignages des survivants. Certaines ONG et certains avocats qui soutiennent les victimes ont déclaré avoir cessé de signaler des cas à la mission pour cause son inaction passée.
Malick Karomschi, président de l’Organisation musulmane pour l’innovation en République centrafricaine, une ONG bien connue des survivants et disposant d’un vaste réseau à travers le pays, a déclaré avoir enregistré 313 cas impliquant la MINUSCA depuis 2014 – 307 soldats de la paix et six membres du personnel civil – mais n’en avoir renvoyé que 43 à la mission en raison d’expériences passées où, selon lui, les cas n’ont pas fait l’objet d’enquêtes appropriées.
Une base de données publique de l’ONU a enregistré des allégations d’abus et d’exploitation sexuels contre plus de 730 soldats de la paix travaillant pour la mission de l’ONU en RCA (connue sous son acronyme MINUSCA) depuis 2015
La Rédaction

