Le retrait imminent du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), prévu pour le 29 janvier 2025, suscite de vives inquiétudes au sein des diasporas sahéliennes en Côte d’Ivoire. Ces communautés, parmi les plus importantes en nombre parmi les étrangers résidant en Côte d’Ivoire, attendent avec appréhension les conséquences de cette rupture historique.
Le climat politique tendu entre les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) et la Côte d’Ivoire se reflète dans le silence des opérateurs économiques originaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger présents dans le pays. Nombreux sont ceux qui, bien que constamment en déplacement entre leurs pays d’origine et la Côte d’Ivoire pour des affaires, choisissent de rester discrets sur cette crise diplomatique. La prudence est de mise, notamment après l’arrestation de figures publiques telles qu’un influenceur burkinabè à Abidjan, soulignant les risques de toute prise de parole sur le sujet.
Les relations entre la Côte d’Ivoire et les pays de l’AES ont été sérieusement perturbées par les accusations réciproques des dirigeants militaires. Le capitaine Ibrahim Traoré du Burkina Faso et le président nigérien Abdourahamane Tiani ont tous deux accusé Abidjan de tenter de déstabiliser leurs régimes, des accusations graves qui n’ont toutefois pas été confirmées par des preuves concrètes. Ce climat de méfiance et de tensions géopolitiques crée un contexte difficile pour les ressortissants sahéliens vivant en Côte d’Ivoire.
Environ 3 millions de Maliens, Burkinabè et Nigériens résident en Côte d’Ivoire, représentant environ 22 % de la population ivoirienne. Ces communautés, profondément intégrées dans la société ivoirienne, se retrouvent désormais prises dans la tourmente de la crise sous-régionale. Le retrait des trois pays de la CEDEAO pourrait bouleverser leur quotidien, notamment en ce qui concerne la liberté de circulation et les échanges commerciaux.
Les dirigeants des trois pays sahéliens ont, toutefois, assuré que les anciens passeports CEDEAO resteraient valables jusqu’à leur date d’expiration. De plus, un nouveau passeport AES sera mis en circulation à compter du 29 janvier, marquant la rupture officielle. Cette transition vise à maintenir la fluidité des échanges malgré le retrait des pays de l’organisation sous-régionale. Cependant, des incertitudes persistent sur l’impact réel de cette mesure, notamment en ce qui concerne l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), dont les membres continuent d’utiliser le Franc CFA malgré les critiques qu’il suscite, notamment de la part des partisans de la souveraineté économique.
Dans ce contexte complexe, les relations commerciales entre la Côte d’Ivoire et les pays de l’AES sont plus que jamais au centre des préoccupations. Si certains pays sahéliens, comme le Burkina Faso, semblent vouloir réduire leurs échanges avec Abidjan, d’autres partenaires régionaux, tels que le Ghana, cherchent à renforcer leurs liens commerciaux avec les nations du Sahel. Le nouveau président ghanéen, John Mahamat Dramani, a d’ailleurs nommé Larry Gbevlo-Lartey, un ancien lieutenant-colonel, comme envoyé spécial pour l’AES, soulignant ainsi la volonté du Ghana de renforcer sa coopération avec ces pays.
Face à cette évolution géopolitique, les diasporas sahéliennes en Côte d’Ivoire se retrouvent dans une position délicate. Bien que l’issue politique semble incertaine, les enjeux économiques continuent de tisser des liens indispensables entre ces pays et la Côte d’Ivoire. Dans ce contexte de transition, l’avenir des relations sous-régionales pourrait se réinventer autour de nouveaux défis économiques et diplomatiques, même si les tensions actuelles persistent.
La Rédaction

