Le Sénégal a officiellement engagé à Bissau la médiation que lui a confiée la Cédéao pour accompagner la Guinée-Bissau vers un retour à l’ordre constitutionnel. Pour Dakar, l’enjeu dépasse la seule gestion d’une transition : il s’agit aussi de restaurer la capacité de l’organisation régionale à peser politiquement dans un espace ouest-africain marqué par la multiplication des ruptures institutionnelles.
La médiation sénégalaise est désormais entrée dans sa phase opérationnelle. Jeudi, le ministre des Affaires étrangères, Cheikh Niang, et son homologue des Forces armées, Yankoba Diémé, se sont rendus à Bissau pour présenter officiellement aux autorités de la Transition le mandat confié au Sénégal par la Cédéao.
Cette mission découle des décisions prises lors de la 69e session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’organisation, tenue le 19 juillet à Freetown. Elle marque le début d’un processus destiné à ouvrir un canal politique structuré avec les autorités bissau-guinéennes.
Dakar mise sur le dialogue plutôt que sur la pression
La délégation sénégalaise a été reçue par la ministre des Affaires étrangères Fatumata Jau, le Premier ministre Ilídio Vieira Té et le président de la Transition, le général Horta N’Tam. Les discussions ont porté sur le périmètre de la médiation, son calendrier et les conditions d’un retour rapide à un fonctionnement constitutionnel.
Dakar entend inscrire sa démarche dans une logique de dialogue. Les représentants sénégalais ont réaffirmé la disponibilité de la Cédéao à accompagner la transition, plutôt qu’à se limiter à une posture de sanction ou de mise à l’écart.
Cette approche donne au Sénégal une responsabilité particulière. Voisin direct de la Guinée-Bissau, lié à elle par des intérêts sécuritaires, économiques et humains étroits, Dakar dispose d’une proximité susceptible de faciliter les échanges. Mais cette proximité oblige aussi le médiateur à préserver une position suffisamment équilibrée pour ne pas apparaître comme partie prenante.
La Cédéao joue aussi sa crédibilité
Les autorités de la Transition ont accueilli favorablement la démarche et se sont dites prêtes à poursuivre les discussions. Cette ouverture constitue un premier signal, mais elle ne préjuge pas encore des compromis qui devront être trouvés sur le calendrier politique, les institutions et les garanties entourant la sortie de transition.
Pour la Cédéao, le dossier bissau-guinéen revêt une portée plus large. L’organisation cherche à démontrer qu’elle reste capable de produire des solutions politiques après plusieurs années de tensions avec certains États membres et de contestation de son influence régionale.
La médiation confiée au Sénégal sera donc évaluée à l’aune de résultats concrets : capacité à maintenir le dialogue, à établir une feuille de route crédible et, surtout, à créer les conditions d’un retour effectif à l’ordre constitutionnel.
La mission de jeudi ne clôt aucune crise ; elle ouvre plutôt une séquence délicate de négociation. Si Dakar parvient à rapprocher les positions sans donner le sentiment d’imposer une sortie de crise, cette médiation pourrait devenir un test important du retour de la diplomatie régionale au premier plan.
La Rédaction

