En visite officielle à Sainte-Lucie depuis le 30 juin 2025, le président nigérian Bola Ahmed Tinubu souhaite bâtir un nouvel axe de coopération entre l’Afrique de l’Ouest et la Caraïbe. Ce déplacement marque une étape symbolique dans le rapprochement entre les deux régions, liées par une histoire commune et des enjeux géopolitiques partagés.
Un discours fort à Sainte-Lucie
Devant les sénateurs et députés réunis exceptionnellement dans une salle de conférence d’un hôtel de luxe, le président du Nigeria a salué l’accueil chaleureux réservé par Sainte-Lucie. Il a évoqué un « héritage partagé » entre les peuples caribéens et ouest-africains, marqué par l’esclavage et la colonisation. Pour Bola Tinubu, il est désormais temps de tisser des liens concrets fondés sur les identités communes.
Des relations diplomatiques établies
Un des moments forts de la visite a été l’annonce de l’établissement officiel des relations diplomatiques entre le Nigeria et Sainte-Lucie. Un accord de coopération dans le domaine de l’éducation a été signé, incluant notamment la mise à disposition de bourses d’études pour les étudiants originaires de pays membres de l’OECS disposant d’un lien génétique nigérian.
Le président Tinubu prévoit également de visiter le Sir Arthur Lewis Community College à Castries, en hommage à l’économiste saint-lucien prix Nobel 1979, symbole du savoir africain en diaspora.
Un partenariat stratégique avec l’OECS
Au-delà de Sainte-Lucie, c’est toute la région caribéenne qui est concernée. Les dirigeants des pays de l’Organisation des États de la Caraïbe orientale (OECS) ont rencontré Bola Tinubu pour discuter de projets conjoints dans les domaines de la santé, du commerce, de la culture et de la lutte contre le changement climatique.
Le Nigeria, avec ses ressources minérales abondantes et son vaste marché de 300 millions d’habitants, représente une opportunité majeure pour l’OECS, tant pour ses importations que pour ses exportations. Le président nigérian voit dans cette coopération « une chance historique de renverser les logiques dominantes de dépendance Nord-Sud ».
Des obstacles persistants
Malgré les ambitions, plusieurs freins ralentissent cette intégration afro-caribéenne. Le manque de liaisons aériennes directes entre les deux régions complique la mobilité des personnes et des biens. De plus, les écarts démographiques et économiques entre un géant comme le Nigeria et de petits États insulaires comme Sainte-Lucie posent la question de l’équilibre dans les échanges.
Un agenda global tourné vers le Sud
Cette visite à Sainte-Lucie intervient à la veille d’un autre rendez-vous stratégique : Bola Tinubu participera au 17e Sommet des BRICS+, les 6 et 7 juillet à Rio de Janeiro. Aux côtés du président brésilien Lula, il y portera les aspirations africaines dans le cadre de la coopération Sud-Sud. Les BRICS+, élargis à des pays comme l’Iran, l’Éthiopie ou les Émirats arabes unis, pèsent aujourd’hui la moitié de la population mondiale.
Un tournant diplomatique attendu
La dernière visite présidentielle nigériane dans l’île remonte à 1998, avec Nelson Mandela. En ravivant cette mémoire, Bola Ahmed Tinubu semble vouloir donner un second souffle à l’ambition panafricaine, étendue aux diasporas caribéennes. Une initiative qui, si elle se traduit par des actions concrètes, pourrait redessiner la géopolitique afro-caribéenne dans les années à venir.
La Rédaction

