Les dirigeants de la Confédération des États du Sahel (AES) récemment ont décidé de confier un rôle stratégique à l’Autorité de Développement Intégré du Liptako-Gourma (ALG). D’ici à la fin de l’année, cette institution régionale deviendra officiellement l’agence d’exécution des projets communs de l’AES. Une décision structurante qui acte la montée en puissance de l’intégration entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger.
Une structure régionale née bien avant l’AES
L’ALG est loin d’être une organisation récente. Créée en 1970 et entrée en fonction en 1973, cette institution interétatique a été pensée pour coordonner le développement d’une vaste zone de 370 000 km², à cheval sur les trois pays. Il s’agit d’une région à la fois riche en ressources naturelles et durement frappée par la pauvreté, l’enclavement et l’insécurité chronique.
Au fil de ses cinquante années d’existence, l’ALG a mis en œuvre plus de 230 projets dans des domaines aussi variés que l’agriculture, les infrastructures rurales, l’hydraulique, la formation communautaire ou encore la résilience climatique. On lui doit notamment 1 500 km de pistes rurales aménagées, 700 forages réalisés, ou encore des milliers d’hectares irrigués pour améliorer les rendements agricoles.
Entre ambition initiale et blocages structurels
Mais l’ALG n’a pas échappé aux limites récurrentes des institutions régionales. Son action a été contrariée par le manque de financement local, une dépendance massive à l’aide extérieure (près de 65 milliards FCFA mobilisés entre 2015 et 2021, essentiellement via les partenaires internationaux), et une difficile articulation avec les politiques étatiques. L’insécurité persistante dans le Liptako-Gourma, frappé de plein fouet par les groupes armés, a également freiné l’aboutissement de nombreux projets.
Une transformation vers l’AES : nouvelle mission, nouveaux défis
En décidant de faire de l’ALG la plateforme opérationnelle de la Confédération AES, les chefs d’État – le Malien Assimi Goïta, le Burkinabè Ibrahim Traoré et le Nigérien Abdourahamane Tiani – entendent capitaliser sur une expertise existante, tout en la recentrant sur les priorités stratégiques de leur union politique et économique.
La feuille de route prévoit :
- la nomination rapide d’un administrateur provisoire ;
- le maintien du siège à Ouagadougou ;
- un audit global de fonctionnement ;
- un transfert progressif de toutes les compétences opérationnelles vers le nouvel organe confédéral.
Le défi est de taille : l’opérationnalisation de la nouvelle agence doit être bouclée d’ici au 31 décembre 2025, soit en moins de six mois. Dans ce laps de temps court, il faudra assurer une transition administrative sans heurt, redéfinir les missions, sécuriser les financements et éviter le piège d’une agence « vitrine » sans levier réel.
Une volonté d’intégration par les résultats
En confiant ce rôle central à une structure déjà existante, les dirigeants de l’AES refusent la multiplication d’organismes coûteux et misent sur la rationalisation. Pour Assimi Goïta, il s’agit de transformer l’ALG en « bras opérationnel agile et efficace », capable d’apporter des résultats concrets sur le terrain. Ce choix s’inscrit dans une vision d’intégration fondée non sur les discours mais sur des avancées tangibles, portées par des institutions adaptées aux défis sécuritaires et sociaux du Sahel.
Le sort de l’ALG incarne ainsi une double transition : celle d’une vieille organisation régionale appelée à se réinventer, et celle d’une jeune Confédération à la recherche d’outils concrets pour asseoir sa souveraineté et améliorer la vie des populations.
La Rédaction

