À Genève, dans les suites feutrées de l’InterContinental, un palace qui surplombe le lac Léman, la fille du président camerounais Paul Biya mène une vie de luxe qui ferait rougir les stars hollywoodiennes. Pourtant, à des milliers de kilomètres, dans les hôpitaux démunis et les écoles délabrées du Cameroun, les enfants peinent à trouver des médicaments ou même des chaises.
Brenda Biya, 26 ans, autoproclamée rappeuse sous le nom de King Nasty, est au cœur d’un scandale diplomatique et judiciaire qui cristallise l’exaspération croissante de la Suisse… et celle d’une diaspora camerounaise outrée.
Une condamnation symbolique, mais un message clair
En mars 2025, la justice genevoise a condamné Brenda Biya pour “injure”, “diffamation” et “calomnie”, à la suite de propos injurieux qu’elle avait tenus sur les réseaux sociaux contre une ex-amie, la chanteuse Dencia. Le dossier pourrait sembler anecdotique s’il ne mettait pas en lumière la présence prolongée et très coûteuse de la famille Biya à Genève.
Selon les autorités suisses, Brenda Biya réside depuis plusieurs années à l’InterContinental, où une suite lui serait réservée à l’année. Son père, le président Paul Biya, y séjourne régulièrement depuis des décennies. En tout, selon une enquête de l’OCCRP, le couple présidentiel aurait déjà passé plus de 4 ans et demi dans ce palace, pour un coût estimé à près de 150 millions d’euros (environ 98,4 milliards de FCFA).
Un chiffre ahurissant, équivalant au budget annuel de plusieurs hôpitaux régionaux camerounais réunis.
Le luxe provocateur d’une élite déconnectée
Brenda Biya n’a jamais fait mystère de sa fortune. Sur Instagram, elle s’affiche en jet privé, dans des hôtels 5 étoiles, sacs de luxe en main et lunettes de créateurs vissées sur le nez. Elle racontait récemment avoir payé 400 dollars (environ 240 000 FCFA) une course en taxi à Los Angeles, soit trois fois le revenu mensuel moyen d’un Camerounais.
Pendant ce temps, au Cameroun, des enfants meurent faute d’oxygène dans les hôpitaux, des écoles manquent de toilettes, et les enseignants multiplient les grèves pour non-paiement de salaires.
Quand Genève dit : assez.
Ce train de vie n’est pas passé inaperçu. Outre les manifestations régulières de la diaspora camerounaise devant l’hôtel InterContinental, la population genevoise commence à s’impatienter. Les séjours présidentiels mobilisent à chaque fois des dispositifs policiers massifs.
En 2021, le député suisse Sylvain Thévoz dénonçait déjà cette situation :
« Ce n’est pas à nous, Genevois, de financer la sécurité d’un dictateur en shopping sur la rue du Rhône pendant que son peuple meurt de faim. »
La condamnation de Brenda Biya semble s’inscrire dans cette dynamique : un message clair envoyé à une famille perçue comme abusive et encombrante.
Un coût politique, mais surtout humain
Au-delà de l’indécence, c’est le coût moral de cette vie dorée qui révolte.
150 millions de francs suisses (environ 156 millions d’euros, soit environ 102,4 milliards de FCFA), c’est des milliers de bourses scolaires, des hôpitaux équipés, des campagnes de vaccination nationales, ou encore des centres de formation pour la jeunesse camerounaise.
Alors que Paul Biya s’apprête, à 92 ans, à briguer un énième mandat, la fracture entre le pouvoir et la population n’a jamais été aussi profonde. Le contraste entre les tapis rouges genevois et les routes en terre battue de l’arrière-pays camerounais illustre crûment une élite politique qui s’est longtemps affranchie de toute responsabilité envers son peuple.
Le cas Brenda Biya ne fait plus rire, il indigne.
Ce n’est pas seulement une question de tweets déplacés ou de clashs sur Instagram. C’est le symbole d’un pouvoir héréditaire et déconnecté, qui s’accroche à ses privilèges à Genève pendant que le Cameroun vacille.
La Suisse, jusque-là tolérante, semble avoir dit stop. Reste à savoir si le peuple camerounais, lui aussi, trouvera un jour les moyens d’en faire autant.
La Rédaction

