A Port-Louis, sur les pancartes, les slogans claquent : « Fermez la base de Diego Garcia », « Rendez-nous les Chagos ». À l’appel de vingt-et-une organisations, des centaines de Mauriciens sont descendus dans la rue pour dénoncer la présence américano-britannique sur l’atoll de Diego Garcia. Une base stratégique au cœur de l’archipel des Chagos, dont la militarisation fait peser une menace directe sur la paix régionale.
Cette mobilisation n’a rien d’anodin. Elle intervient au moment où les tensions entre les États-Unis et l’Iran s’intensifient dangereusement. Téhéran a laissé entendre qu’il pourrait frapper Diego Garcia en cas d’attaque américaine. Pour les manifestants, le message est clair : Maurice ne veut pas devenir une plateforme de guerre. « La guerre est menée à partir de notre territoire », dénonce Henri Marimootoo, ancien journaliste et figure du Mouvement contre la guerre. « Nous avons été épargnés pendant la Seconde Guerre mondiale, mais aujourd’hui, la guerre est à nos portes. »
Sur le terrain, les mouvements militaires s’accélèrent. Des bombardiers B2 sont stationnés sur l’atoll. Des experts parlent d’une “armada” en place, prête à intervenir au Moyen-Orient. Pour Alain Ah-Vee, du mouvement Lalit, les préparatifs ne laissent aucun doute : « Diego Garcia est en train de devenir une base opérationnelle pour des frappes imminentes. »
Dans la foule, des jeunes femmes prennent la parole, revendiquant une position ferme. Shama, 28 ans : « L’océan Indien doit rester une zone de paix. Nous ne voulons pas de base militaire dans notre région. » Sheem, 31 ans : « Nous refusons que notre territoire soit complice de la guerre. » Tania, elle, appelle à la mobilisation collective : « Il faut se faire entendre. Maintenant. »
Depuis des années, Maurice réclame la restitution des Chagos, amputés de son territoire lors de l’indépendance, en violation du droit international. En 2019, la Cour internationale de justice a reconnu la souveraineté mauricienne. En vain. Les Britanniques restent, les Américains s’enracinent, et la base de Diego Garcia reste hors de portée.
Dernier épisode en date : Londres aurait récemment affirmé que Donald Trump, durant son mandat, s’était dit favorable à la rétrocession des Chagos à Maurice — à l’exception de Diego Garcia. Une manière de rendre sans vraiment rendre, de céder tout en gardant l’essentiel : une base militaire, au cœur de l’océan Indien, verrou stratégique des conflits à venir.
Pour les Mauriciens, cette situation n’est plus tolérable. La marche du 4 avril n’était pas une protestation symbolique, mais un avertissement : ce territoire ne veut plus être le théâtre des guerres des autres.
La Rédaction

