La République démocratique du Congo vit un moment politique sans précédent. Jeudi 22 mai au soir, le Sénat congolais a voté à une écrasante majorité la levée de l’immunité parlementaire de Joseph Kabila, ancien président et sénateur à vie. Une décision qui ouvre la voie à des poursuites judiciaires engagées par la justice militaire, dans un contexte de guerre larvée dans l’est du pays.
Sur les 96 sénateurs présents, 88 ont voté pour, 5 contre et 3 se sont abstenus. Un verdict sans appel. Ce vote, réclamé par le procureur général des FARDC, fait suite à une requête formulée en avril par le ministre de la Justice. L’accusation est lourde : « trahison, crimes de guerre, crimes contre l’humanité et participation à un mouvement insurrectionnel », en lien avec les actions du groupe armé AFC/M23, qui contrôle plusieurs territoires stratégiques dans l’Est congolais.
Une procédure inédite contre un ancien chef de l’État
Joseph Kabila, au pouvoir de 2001 à 2019, n’est pas un justiciable comme un autre. Son statut de sénateur à vie, garanti par la Constitution congolaise, lui conférait jusque-là une immunité renforcée. Pourtant, le Sénat a considéré que les accusations portées par la justice militaire étaient suffisamment graves pour justifier la levée de cette protection institutionnelle.
Il s’agit là d’une première dans l’histoire récente du pays : jamais un ancien président n’avait été visé par une procédure judiciaire aussi formelle. Si certains y voient l’affirmation d’un État de droit en construction, d’autres dénoncent un précédent dangereux.
Un clivage politique immédiat
Du côté du pouvoir, l’UDPS a salué une décision « historique » tout en rappelant la présomption d’innocence. Le sénateur Jean Tshisekedi a insisté sur la gravité des faits reprochés : « Ils touchent au cœur de la nation. Nous sommes là pour prêcher l’exemple. » Son collègue Jules Lodi a, quant à lui, nuancé : « Ce vote ne signifie pas que Joseph Kabila est coupable. Mais aucun Congolais n’est au-dessus des lois. »
À l’inverse, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), fondé par Kabila, dénonce une manœuvre politique. Son porte-parole Ferdinand Kambere conteste la légitimité même de la décision : « Joseph Kabila relève d’un régime pénal spécial. Seul le Congrès a compétence pour décider de poursuites à son encontre. C’est une chasse aux sorcières. »
Joseph Kabila réagit : « Une manœuvre politique désespérée »
Peu après l’annonce du vote, Joseph Kabila a publié une déclaration sur X, dénonçant un acte « précipité » et « sans respect des équilibres institutionnels ». Il accuse le pouvoir en place de céder à la panique et de chercher à détourner l’attention de la crise sécuritaire dans l’Est.
La levée de l’immunité n’équivaut pas à une inculpation, mais elle permet désormais à la justice militaire d’ouvrir une instruction. Un nouveau chapitre judiciaire s’ouvre, inédit et à fort potentiel déstabilisateur, à quelques mois d’échéances politiques majeures dans le pays.
Une onde de choc durable
Cette affaire pourrait redéfinir les équilibres politiques en RDC. Si Kabila venait à être mis en examen, voire inculpé, ce serait un séisme politique dans un pays où les anciens présidents ont toujours échappé aux filets de la justice. Mais au-delà de la personne de Kabila, c’est la capacité des institutions congolaises à traiter les affaires sensibles avec impartialité et rigueur qui est désormais scrutée.
La Rédaction

