Après une décennie de lutte, les espoirs de justice de plus de 13 000 Nigérians se ravivent face aux accusations de destructions environnementales contre Shell. Les communautés de Bille et d’Ogale, situées dans le sud du Nigeria, ont poursuivi en justice la filiale nigériane de Shell, accusant l’entreprise de responsabilité dans des centaines de déversements de pétrole ayant ravagé leurs terres, leurs cours d’eau et leur eau potable. Cette pollution a paralysé leurs moyens de subsistance, les empêchant de pratiquer la pêche et l’agriculture, deux activités essentielles pour leur survie.
Dans une première décision de la Haute Cour du Royaume-Uni, les juges avaient jugé que les plaignants ne pouvaient pas relier les zones endommagées à des déversements spécifiques, qualifiant leur dossier de « réclamation globale ». Ce type de procédure est habituellement réservé à des litiges contractuels du secteur de la construction. Mais la Cour d’appel a récemment annulé ce jugement, ouvrant la voie à un procès complet pour les communautés du delta du Niger.
Une bataille judiciaire prolongée
Le cabinet d’avocats britannique Leigh Day, représentant les plaignants, a souligné que les communautés devraient démontrer que Shell est intégralement responsable des dégâts environnementaux subis. Cependant, la tâche se complique si d’autres sources de pollution sont identifiées, ce qui pourrait entraîner le rejet des réclamations individuelles.
Shell, de son côté, attribue la majorité des déversements à des actes de sabotage et à des vols de pétrole, tout en assurant continuer le nettoyage des zones touchées. L’entreprise estime que les poursuites judiciaires n’apportent pas de solutions durables aux problèmes de pollution dans le delta du Niger, qu’elle attribue principalement à des activités illégales comme le vol de brut et le raffinage clandestin.
Un tournant pour les communautés Bille et Ogale
Dan Leader, associé de Leigh Day, s’est réjoui de cette décision de la Cour d’appel, rappelant le long chemin parcouru par les plaignants depuis leur premier recours, il y a dix ans. « Beaucoup de nos clients sont décédés en attendant que justice soit rendue », a-t-il déclaré. La décision de la Cour suprême en 2021, qui reconnaissait la responsabilité potentielle de Shell PLC pour les dommages subis, avait été une première victoire, mais le chemin restait semé d’embûches.
L’abandon du critère de la « réclamation globale » constitue un véritable tournant, permettant aux plaignants de présenter des dossiers complexes sans avoir à lier chaque incident de pollution à une marée noire spécifique. « La vaste pollution causée par la filiale de Shell sur une longue période rendait cette exigence irréalisable », a souligné Dan Leader.
Vers un avenir plus responsable pour les multinationales ?
Izzie McIntosh, de l’organisation Global Justice Now, a salué le courage des communautés de Bille et d’Ogale, dont la persévérance pourrait marquer un changement historique. « Leur lutte pourrait poser les bases d’un monde où les entreprises ne pourront plus échapper aux conséquences juridiques de leurs actions destructrices pour le simple profit », a-t-elle déclaré.
Cette décision de la Cour d’appel offre une lueur d’espoir aux victimes de la pollution pétrolière dans le delta du Niger, tout en envoyant un message fort aux multinationales sur leur responsabilité environnementale. Alors que les communautés de Bille et d’Ogale attendent désormais la tenue d’un procès équitable, cette victoire judiciaire pourrait inspirer d’autres luttes similaires à travers le monde, renforçant l’idée que justice et réparation sont possibles, même face à des géants industriels.
La Rédaction

