L’ancien président gabonais Ali Bongo Ondimba a été entendu mardi 1er juillet 2025 par deux juges d’instruction au tribunal judiciaire de Paris, dans le cadre d’une enquête ouverte pour « tortures », « enlèvement » et « séquestration en bande organisée » à la suite du coup d’État militaire d’août 2023. Il agit en tant que partie civile dans cette procédure.
Déchu de la présidence après cinquante-cinq ans de pouvoir familial sans partage, Ali Bongo affirme avoir été arbitrairement retenu dans sa résidence de Libreville par les militaires désormais au pouvoir. Ses avocats dénoncent une « séquestration arbitraire » accompagnée de « tortures », visant notamment son épouse Sylvia et son fils Noureddin, également plaignants dans l’affaire. Leurs allégations font état d’électrocutions, de simulacres de noyade et de privation de nourriture pendant dix-huit mois passés dans un sous-sol.
L’audition parisienne, menée par deux magistrates spécialisées du pôle « crimes contre l’humanité », s’inscrit dans une information judiciaire ouverte depuis janvier 2025 contre X. Selon les avocats de la famille – François Zimeray, Pierre-Olivier Sur, Catalina de la Sota et Clara Gérard-Rodriguez – les investigations progressent. Une liste de suspects présumés, transmise à la justice française, pourrait déboucher sur des demandes d’auditions adressées aux autorités gabonaises, voire des mandats d’arrêt internationaux si les coopérations restent vaines.
Depuis leur départ pour l’Angola mi-mai 2025, Ali Bongo et les siens bénéficient d’une liberté de mouvement, après avoir été placés en résidence surveillée depuis la prise de pouvoir du général Brice Oligui Nguema. Ce dernier, désormais président, nie toute accusation de torture mais n’a pas encore réagi à la procédure ouverte en France. Il avait promis un « procès équitable » pour Sylvia et Noureddin Bongo, poursuivis à Libreville pour détournement de fonds publics.
En parallèle, une autre affaire judiciaire visant la famille Bongo est sur le point d’aboutir à Paris : l’enquête sur les « biens mal acquis » a été clôturée le 28 mars 2025, avec onze membres de la famille mis en cause. Le Parquet national financier doit maintenant rendre ses réquisitions.
Ce double front judiciaire en France marque un tournant dans les relations entre Paris et Libreville, mais aussi dans l’histoire politique post-coup d’État du Gabon, où les promesses de rupture avec l’ancien régime peinent à convaincre une opinion publique divisée.
La Rédaction

