Au Sud-Soudan, le changement climatique n’est plus une menace abstraite. Il est là, tangible, pesant, et parfois mortel. À Bentiu, ville de l’État de l’Unité, la survie repose sur un réseau de digues long de plusieurs kilomètres, entretenu quotidiennement pour repousser les eaux qui encerclent cette poche de terre peuplée par des centaines de milliers de personnes.
Depuis 2020, les inondations provoquées par le débordement du Nil n’ont jamais totalement reflué. Les terres récupérées permettent une forme de stabilité précaire, mais chaque nouvelle saison des pluies réveille les angoisses. L’année dernière, l’eau est montée à seulement 30 centimètres sous les digues. Un seuil critique qui a poussé les soldats pakistanais du génie, déployés dans le cadre de la mission des Nations unies (UNMISS), à rehausser les défenses d’au moins un mètre et demi.
« Voir les familles en sécurité derrière les digues nous donne le sentiment d’avoir accompli plus qu’une mission technique », confie le major Hilmi Munsif, du contingent pakistanais.
Ce travail de renforcement n’est pas un luxe. En 2022, une rupture à l’ouest avait mis en danger 300 000 personnes, y compris celles vivant dans le camp de déplacés adjacent et les agents de l’ONU. Depuis, les patrouilles ont été intensifiées. Les ingénieurs pakistanais collaborent avec les forces mongoles de maintien de la paix pour surveiller jour et nuit les digues, prévenir les brèches et protéger les chantiers en cours.
« Notre mission est claire : protéger les civils, les installations humanitaires et soutenir les efforts collectifs », déclare Lkhagvabaatar Tumurbaatar, commandant adjoint du contingent mongol.
Face à l’imprévisibilité climatique, cette défense humaine est vitale. Le Sud-Soudan, déjà fragilisé par les conflits et les pénuries, voit ses ressources dévastées par des épisodes extrêmes de sécheresse ou d’inondation. Cette instabilité alimente les tensions intercommunautaires et menace un équilibre déjà fragile.
Denis Fuh Chenwi, chef intérimaire du bureau de l’ONU à Bentiu, résume l’ambition à long terme : remettre entre les mains des autorités locales les moyens de résister aux chocs climatiques.
« Nous rêvons d’un Sud-Soudan sans digues, parce qu’il n’y aurait plus d’inondations. Mais aujourd’hui, elles sont essentielles à la survie. »
Pour l’heure, les communautés, les humanitaires et les soldats œuvrent ensemble, en ligne de front contre les colères du climat. Les premières pluies de la saison rappellent que le combat n’est pas terminé
La Rédaction

