C’est un procès que beaucoup n’attendaient plus.
Quarante ans après l’assassinat brutal de quatre militants anti-apartheid, surnommés les « Cradock Four », l’Afrique du Sud ouvre enfin un nouveau chapitre judiciaire sur cette affaire emblématique.
En juin 1985, Matthew Goniwe, Fort Calata, Sparrow Mkhonto et Sicelo Mhlauli se rendaient à une réunion du Front démocratique uni (UDF), fer de lance de la lutte contre l’apartheid. Ils n’en reviendront jamais. Capturés, torturés puis exécutés par la police secrète du régime, leurs corps calcinés seront retrouvés quelques jours plus tard en périphérie de Port Elizabeth.
Depuis, plusieurs enquêtes ont été ouvertes, des responsabilités établies, mais jamais de condamnation. La plupart des suspects sont aujourd’hui décédés, emportant avec eux les secrets d’un crime d’État resté longtemps impuni. Ce 2 juin 2025, la justice sud-africaine rouvre donc le dossier, avec une première phase dédiée aux témoignages des familles des victimes.
Une justice en héritage
Parmi les voix les plus attendues, celle de Lukhanyo Calata, fils de Fort Calata, devenu journaliste et militant de la mémoire. Il avait à peine un an quand son père a été tué. Aujourd’hui père à son tour, il porte la quête de justice comme un devoir intergénérationnel. « En 1995, Mandela venait de se recueillir sur la tombe de mon père. On croyait que justice serait faite. Mais à ce jour, personne n’a été tenu responsable. »
Le procès des Cradock Four ne concerne donc pas seulement un passé douloureux, mais interroge la démocratie sud-africaine elle-même. L’ancien président Frederik de Klerk, dernier chef d’État blanc du pays, est mort en 2021 sans avoir été inquiété. « Cela a envoyé le signal que les crimes les plus graves peuvent rester impunis. Nous devons bâtir une société fondée sur la justice », insiste Lukhanyo Calata.
Des zones d’ombre persistantes
Ce procès pourrait aussi mettre en lumière un autre volet sensible : le rôle de l’ANC, parti historique de la libération, accusé par certaines familles d’avoir entravé la recherche de vérité au nom de la réconciliation nationale. À la suite de pressions croissantes, le gouvernement sud-africain a récemment mis en place une nouvelle commission d’enquête pour revisiter les crimes non élucidés de l’apartheid, restés en suspens depuis la fin des travaux de la Commission Vérité et Réconciliation dans les années 1990.
Un symbole pour tout un pays
L’affaire des Cradock Four est devenue un symbole du combat pour la justice transitionnelle en Afrique du Sud. En ravivant cette mémoire, le procès entend rappeler que le pardon ne saurait remplacer la vérité, et que l’unité nationale ne peut reposer sur l’oubli.
La Rédaction

