Les autorités militaires en Guinée ont annoncé, vendredi, la reprise de la délivrance des agréments aux associations et aux organisations non-gouvernementales (ONG), une mesure surprenante dans un contexte marqué par des restrictions persistantes des libertés publiques. Cette décision intervient alors que 2025 a été décrétée “année électorale cruciale” par la junte.
Une suspension qui a pesé sur la société civile
Depuis le 2 septembre 2024, la délivrance des agréments était suspendue. Les autorités justifiaient cette interdiction en accusant plusieurs ONG et associations d’être à l’origine de “troubles à l’ordre public”. Ce gel des agréments s’inscrivait dans une série de mesures limitant l’espace public, prises depuis que les militaires, sous la direction du général Mamadi Doumbouya, ont renversé le gouvernement en 2021.
Toutefois, dans un document officiel daté de jeudi et rendu public vendredi, le ministère de l’Administration du territoire a annoncé que la suspension était “levée avec effet immédiat”. Cette annonce marque un rare signe d’ouverture dans un pays où les voix dissidentes ont été régulièrement étouffées depuis le coup d’État.
2025, une année électorale attendue
Le général Doumbouya, chef de la junte, a promis que 2025 serait marquée par une “reprise totale des activités politiques” et la tenue d’élections. Cet engagement intervient après le non-respect des délais initiaux, qui prévoyaient une transition vers un pouvoir civil avant la fin de 2024.
Cependant, la confiance des Guinéens et des acteurs internationaux reste fragile. Depuis 2022, les autorités ont interdit toute forme de manifestation et dissous des collectifs de la société civile, notamment ceux qui militent pour un retour rapide à un régime civil. Ces restrictions, combinées à la répression des opposants politiques, ont provoqué un climat de tension. Des dizaines de civils ont perdu la vie lors de manifestations réprimées par les forces de l’ordre, et plusieurs figures de l’opposition se trouvent aujourd’hui en détention ou en exil.
Une ouverture sous surveillance
Si cette levée de la suspension des agréments aux associations peut être perçue comme une tentative de calmer les critiques et de montrer une volonté d’inclusion, elle s’inscrit dans un contexte où le contrôle de l’espace public demeure étroitement surveillé.
Alors que le pays s’approche d’échéances électorales cruciales, les Guinéens espèrent que cette mesure soit un premier pas vers une véritable libéralisation de la société civile, indispensable pour garantir un processus démocratique crédible et inclusif.
La Rédaction

